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LES SIGNES, d'après le roman de Nathalie Kuperman
Adaptation et mise en scène : Philippe Labonne
Compagnie Mélimélo Fabrique
Avec Nadine Béchade et François Levé
Caserne des pompiers à 11h
Résa : 04 90 86 02 17

Lire entre les lignes
Qui n'a, dans son enfance, voire même plus tard, évité de marcher sur les lignes qui séparent les dalles d'un trottoir ? Ou compté jusqu'à trois en tournant sur soi-même
pour éviter un malheur ? Ou encore atteint l'autre côté d'une rue, dans les clous, avant que le bonhomme vert ne passe au rouge ? Blanche est comme ça ; Blanche est comme nous…
Un jour, elle a oublié ces rituels ; simultanément, elle a appris que ses parents se séparaient. Culpabilité, terreur, besoin de rachat. Elle s'en confie à son ami Alex, le seul à comprendre et partager ses manies : « Alex, j'ai marché sur les lignes ! Si j'arrive pas à compter tranquille, j'arriverai pas à faire revenir papa ! ».
Dans un décor constitué de longs panneaux blancs verticaux et amovibles, séparés les uns des autres par des lignes noires assimilables à celles d'un dallage, les deux jeunes ados vont tout tenter pour conjurer le sort : poupée de chiffon piquée d'épingles, façon vaudoue ; répéter dix-huit fois la même phrase dans sa tête pour éviter la séparation tant redoutée ; remettre dix fois le même livre sur la même étagère ; grignoter les angles d'un biscuit, sans en manger le cœur…

La mise en scène, enjouée, laisse peu à peu pointer l'inquiétude, puis l'angoisse. Sous des dehors légers, dès l'abord, qui peuvent laisser entendre que ces petites combines ne seraient que jeux d'enfants, un propos se dessine, plus sérieux celui-là : quel impact réel ont sur nos enfants nos querelles d'adultes ?
Cette certitude qu'ont les petits - cette force aussi - de pouvoir changer le monde au gré de leurs désirs, d'influer sur le cours des choses et, à l'inverse, de se sentir responsables des malheurs qui leur échappent, sont admirablement révélées par le parti qu'a su tirer Philippe Labonne du roman éponyme de Nathalie Kuperman, pour sa transposition théâtrale.

Remarquablement interprétée par les deux jeunes Nadine Béchade et François Levé, qui impriment à leurs rôles une fraîcheur étonnante, cette fable douce-amère est bien plus qu'une bluette : elle incite à prendre garde que nos comportements supposés adultes ne pulvérisent nos anciens rêves. Il faut savoir enfance garder…
Véronique Blin