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OHNE
De et mise en scène : Dominique Wittorski
Production : La Question du Beurre
Yves Arnault, Caroline Guth, Alexandre Afflalo, Raphaël Almosni, Dominique Wittorski
Caserne des pompiers. 13h30
Résa : O4 90 86 02 17

Exclusion
A.n.p.e., mode d'emploi. « Prenez la queue et mettez votre sexe sur la table ». Tout un programme… Que le brave polonais Ohne au chômage va découvrir, parcourir, endurer, au gré de l'immuable et terrifiant ballet que constitue la - trop - banale inscription sur la liste des demandeurs d'emploi. Quand on sait que « ohne » signifie « sans » en allemand, le moins que l'on puisse dire est que cet homme-là porte bien son nom : il manque de tout. « Pologne, suis nulle part, suis personne ».
Sans « je » comme sujet, sans argent, sans travail, sans pratique correcte de la langue, il a juste sa fierté pour lui, Ohne (étonnant Yves Arnault), qui tente scrupuleusement de comprendre et de faire ce qu'on lui demande : la queue, interminable ; le formulaire, incompréhensible ; l'arrogance molle des guichetiers fatigués, insupportable. Ponctuées tous les quarts d'heure d'un coup de gong fatidique, les heures filent vite et en fin de journée, rien n'est fait ! « On ferme ! Revenez demain ! ».

Revisitée trois fois sous trois angles différents, sur trois jours, car reprise en compte par trois employés successifs, la vie de Ohne ainsi exposée est la triple facette du principe d'exclusion, sous toutes ses formes. Avec un bel acharnement, sous la lumière glacée des néons du plafond, l'auteur belge Dominique Wittorski décrypte les gesticulations administratives de nos sociétés dites « modernes », dont tout rapport humain est absent. Sa mise en scène, implacablement répétitive, parce-que reprenant à chaque fois à zéro un dossier déjà mille fois étudié, fait froid dans le dos, à fort juste titre.
Un spectre tente pourtant, toujours à trois reprises, de mettre un peu d'ordre dans ce chaos, d'expliquer les choses, de ramener à la surface des souvenirs anciens : celui de la mère (formidable Caroline Guth) qui, par quelques phrases définitives, porte un regard nouveau, bien qu'absent par définition, sur les déboires du fiston - lequel s'en passerait bien, préférant les vivants - . « La condescendance est le mépris des riches », dit-elle, ou encore, voyant les difficultés d'Ohne à s'exprimer, « Tous les mots sont dans mon corps, c'est ma chair spirituelle ».
Alors, peut-être, Ohne n'est-il pas dépourvu de tout. Peut-être qu'au-delà de son absence du monde dit « normal », de sa difficulté à en faire partie, il n'est finalement pas « sans » espoir ? Peut-être…
Véronique Blin