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Avaze- Gonjeshk-ha

(Le Chant des moineaux)

Majid Majidi, Iran

 

 

 

Karim (Rezie Najie, formidable) un iranien dans la quarantaine, habite la campagne proche de Téhéran avec sa femme et ses enfants, dont sa fille sourde. Homme modeste, Karim travaille dans un élevage d’autruches, animaux qu’il adore. Mais Karim perd son travail et doit  se rendre à la ville pour trouver de quoi gagner sa vie et acheter une nouvelle prothèse auditive à sa fille. Le rythme de la ville, l’argent et les moyens qu’il y découvre, le séduisent. Un peu par hasard, Karim se met à transporter des passagers sur sa mobylette, promue moto-taxi, et à accumuler des objets de rebus pour réparer sa simple demeure de campagne. D’antenne de télévision en fenêtres et de portes en bouts de tuyaux, il devient malgré ses nobles intentions et la bonté de son coeur, un petit capitaliste avare, pour la plus grande détresse de sa femme. Mais la vie prend un malin plaisir à lui donner des leçons, entre autres grâce aux disputes avec son fils, gamin têtu et débrouillard qui, ironiquement, poursuit les mêmes ambitions capitalistes que lui.

 

Héritier de cette longue tradition d’artistes humanistes dont l’Iran est fièr (les poètes perses Safiz, Saadi, Rumi), Majid Majidi cherche avant tout à exprimer des valeurs humaines : l’amour, le respect, la compassion. L’image du père, récurrente dans sa cinématographie, est extrêmement importante dans la culture iranienne. Le film laisse une large place aux relations et conflits, de Karim avec sa famille, mais surtout à l’amour qu’il lui porte et aux sacrifices qu’il est prêt à faire pour elle. Le choc des valeurs d’entraide de la campagne et la sauvagerie malhonnête de la ville n’est pas neuf, mais Majidi parvient à nous les transmettre de façon originale, par le biais des rencontres de Karim avec les hommes d’affaires hurlant dans leur portables qu’il transporte sur sa mobylette.

 

On ne peut que louer l’interprétation de Rezie Najie , Ours d'Argent du meilleur acteur 2008, dans ce rôle d’homme simple et bon. L’acteur a su digérer son personnage et nous faire partager ses doutes, sa colère, son étonnement…Ou son impuissance. Le film est truffé d’images touchantes, drôles, troublantes ou simplement splendides, porté par la superbe cinématographie de Tobraj Mansoouri, comme cette porte bleue que le héros ramène péniblement chez lui à travers champs. Un grand moment de bonheur, donc, mais aussi de réflexion. À voir.  

Anne-Christine Loranger