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Coupable

de Laetitia Masson
Section Panorama

Laetitia Masson et son "Coupable"

Coupable est le septième long métrage de Laetitia Masson à être projeté dans un grand Festival International (ici au Panorama, section parallèle de la 58e Berlinale). Après avoir réalisé son fulgurant En avoir (ou pas) montré à Berlin par le Forum en 1995, suivi par une série de films plus impressionnants les uns que les autres: A vendre 1998, Love me 2000, La repentie 2002, Pourquoi (pas) le Brésil 2004 (réalisé en collaboration avec l’écrivaine Christine Angot)... En 2007, Laetitia Masson tente le thriller, le film de genre et ça lui réussit :

Coupable est une sorte de flirt avec tous les clichés qui existent dans l’imaginaire collectif  à propos de la femme: le mythe du bonheur dans le mariage, le cliché de la femme enfant, la femme fatale, la sorcière, la femme mariée, évidemment vertueuse, qui va à l’église, qui rend sa cuisinière (Hélène Fillières), qui se promène toujours avec sa mallette aux couteaux aiguisés, responsable de tout. Des citations de Michel Onfray indiquent un chemin de lecture possible aux spectateurs déroutés par les libertés prises par Laetitia Masson. La réalisatrice nous donne à voir des personnages déjantés, qui inventent une vie aux plaisirs sans contraintes, mais elle les confronte à des parents ultra-conventionnels et leur donne des partenaires peu fiables. Comme le disait Duras des "Sorcières" : "elles étaient seules, elles parlaient aux arbres, donc elles étaient coupables". 

 "La place que nous trouvons dans la vie et dans le monde dépend de nos relations amoureuses, de la façon dont nous gérons la dépendance dans nos amours ..." dit  la réalisatrice

Elle fait peur à tout le monde, sauf au mari (Marc Barbé), son employeur, qui aimerait partir avec elle. Elle déclenche la jalousie de son épouse (Anne Consigny), qui la déteste. Quand on trouve le mari assassiné, un couteau de cuisine dans le dos,  tout l'accable. La cuisinière est la coupable idéale. Justement, car en tant que cuisinière, elle porte ses outils avec elle... Il faut la voir découper un lapin, servir les repas, sévère et enjouée, accomplir ses tâches sans sourciller. Fillières est impressionnante...

 "Le monde du travail produit toujours des envies faussées par les rapports de pouvoir...", précise Laetitia Masson

  En contrepoint, des hommes de loi paumés par trop d’évidences et intimidés par leur propres élans amoureux. Puis un autre couple, en plein dysfonctionnement, renvoie l’image en miroir : Amira Casar incarne une femme insatisfaite, créatrice de parfums ; Jérémie Renier, son mari,  est juge et ne fait pas le poids. Deviner le ou la coupable,  lui fait perdre pied. Le juge ne sera pas jugé. Juge et partie, il cesse de jouer, choisit la passion et exécute un désir inconscient, qui déplacera la question de la recherche du vrai ‚coupable’. On rencontre un homme heureux d’épier (Podalydes), un autre encore, heureux de goûter sa cuisine (Rénier), et d’autres encore heureux de tomber amoureux... Ils la suivent qui en suivent d’autres... cette valse triste autour du cadavre de l’amant assassiné, est une promesse de plaisirs insoupçonnés et le devoir de les renouveler et de les varier pour  toujours. Coupable conseille le questionnement et la distance, le film appelle, ironiquement, ça va de soi, à la répétition.

 "Il s’agit de questionner une illusion: interroger la dynamique entre deux personnes une fois devenues un couple...",   ajoute la cinéaste.

 La mise en scène  se déploie en cinémascope, l’image montre tout,  cadre à la perfection: l’éloignement des époux, le rêve de l’impossible bonheur, attaque le consumérisme en amour... et travaille avec des couleurs et des habits "de lumière". La beauté (tissus et corps) n’est plus une mode. La pureté n’est plus du tout incarnée par le blanc. La fantaisie domine.

Heike Hurst