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Le Forum du Jeune Cinéma, normalement pépinière de talents et terrain de découverte du Festival, ne m’a pas fait, cette année , cette même forte impression. Les films vus (12 sur 36) n’étaient pas mauvais : je cite pour mémoire : Le premier venu, un Doillon admirablement écrit, remarquablement filmé par Hélène Louvart, mais decevant par le jeu pas toujours maîtrisé des acteurs. Malgré le retour de Gérald Thomassin, révélé par Le petit criminel, qui se débrouille pas mal de son personnage, les jeunes filles choisies pour ce film, Clémentine Beaugrand et Jany Garachana, n’avaient pas toujours l’étoffe de leur rôle.
Néanmoins, Doillon reste un maître pour capter le parler des jeunes gens d’aujourd’hui. Une autre tentative de transcrire ce langage si particulier et d’en faire un film est Regarde-moi d’Audrey Estrougos. La banlieue-ghetto, un regard acéré sur la différence sexuelle et ce que cela implique dans le choix des rôles. Ce premier film est une tentative très audacieuse de faire émerger la différence de regard des garçons et des filles. Alors que cette réalisatrice débutante a cerné la violence inhérente à cette ségrégation, dûe à l’inégalité des sexes, elle n’arrive pas à présenter vraiment les implications profondes de ces deux points de vue. Elle ne dépasse pas l’astuce de raconter les mêmes choses vues par les yeux du garçon et ensuite par la fille. .. Le manque d’une vraie mise en scène anéantit cette belle idée et laisse une impression d’inachevé. A suivre.
D’autres jeunes femmes retenues pour des faits autrement plus graves dans les prisons israéliennes, ont passionné public et critiques : Shahida – Brides of Allah de Natalie Assouline, Israël, approche ces femmes sans haine. Comment sont-elles devenues des « suicide bombers », des bombes humaines vivantes, alors qu’elles sont instruites, souvent enceintes ou mères de plusieurs enfants ? Elles ne diront pas les vraies raisons, ni leurs sentiments profonds. Elles répondent, certes, mais en ne perdant jamais de vue leur responsabilité par rapport à une communauté qui châtie sévèrement des traîtres à la cause. Le film est emblématique, me semble-t-il, des critères de sélection de cette section : des sujets brûlants ont priorité sur le cinéma, le reportage télé a priorité sur le documentaire de création.
C’est le cas aussi pour le film de fiction Son of a Lion de Benjamin Gilmour (scénario élaboré avec des pachtunes de Darra Adam Khel, Afghanistan), ou le combat d’un gamin pour étudier au lieu de perpétuer l’art de fabriquer des armes. Son père, armurier, ne cédera au désir de son fils qu’au bout de multiples épreuves.
Les highlights artistiques de cette programmation étaient incontestablement My Winnipeg de Guy Maddin (voir l’article intercineth sur le cinéma canadien à Berlin) et Loos ornemental de Heinz Emigholz, consacré à l’architecte Adolf Loos et ses créations de marbre et de lumière.

Parlons encore d’un projet arrivé à maturation et à son point final dont le Forum a toujours rendu compte : Les enfants de Golzow (...dann leben sie noch heute. Die Kinder von Golzow ), de Winfried et Barbara Junge. Ce dernier volet de 290 minutes est le 19e film de la série et raconte la vie de Elke et de Karin, suivi de celle de Eckhard et de Bernhard, tous scolarisés en 1961, l’année de la construction du mur et de la création de leur école pilote à Golzow. Ces enfants ont été filmés de 1961 à aujourd’hui. Sur les 31 enfants de la classe d’origine, de multiples films rendent compte de l’évolution de quelques-uns. Parmi eux, un pilote de chasse, passé de Hohnecker à la Bundeswehr, ainsi que d’autres personnages hors du commun. Mais l’ordinaire de la messe domine. Tous participèrent à ce projet au long cours et ont accepté d’ouvrir leur coeur et leurs maisons à l’équipe de cinéma installée depuis toujours dans leur salle de classe, déboulant aujourd’hui dans leur salle de séjour.
Ce film-monstre est une histoire individualisée de la RDA, un compte rendu fidèle des évènements qui aboutirent à l’ouverture du mur et à l’effondrement d’une économie dont les enfants de Golzow, femmes et hommes d’aujourd’hui, n’ont pas fini de ressentir les effets. Golzow aura un musée à l’intérieur de l’école et la table de montage des Junge en bonne place pour raconter toujours et encore cette saga unique du réel, captée sur 47 ans. Comme le dit Lanzmann : « Le musée sert autant la mémoire que l’oubli ».
Heike Hurst