InterCineTh/Cinéma
Accueil
Interviews
Portraits
Galerie
Théâtre
Cinéma
Festivals

Lake Tahoe

 

De Fernando Eimbke

 

 

 

 Doublement récompensé à Berlin (Alfred Bauer et Fipresci), déjà primé à Sundance, Lake Tahoe du jeune mexicain Fernando Eimbke a été écrit avec l’aide du Sundance Screenwriters Lab et co-scénarisé par Paula Markovitch.

 Tourné à Puerto Progreso, Yucatan, le film s’inscrit avec ses couleurs fondamentales (voiture rouge, pantalon noir, chemise blanche) dans un paysage désolé, dépeint un village pittoresque désespérément vide, une cabine téléphonique, un vélo trottinette et le climat de prostration générale qui suit le deuil d’un parent proche, en l’occurrence ici, celui du père.

Cette mort n’est pas évoquée directement, elle habite la tristesse des traits du jeune garçon qui se tire avec l’auto (rouge) de la maison pour fuir l’ambiance sinistre (la mère enfermée dans sa baignoire) et qui se plante direct sur un poteau. Le film ne raconte rien d’autre que la recherche d’une pièce d’échange pour réparer cette voiture. Réparation impossible de l’auto et du deuil, dans le film tout s’oppose à l’immédiateté d’une réparation. Une voiture qui repartirait triomphante aux hurlements d’un moteur en bonne santé serait tout simplement indécente. Le film évolue avec cette lenteur. La lenteur d’une prise de conscience de l’irrémédiable. En cherchant cette pièce, Juan (Diego Catano) fait connaissance avec le microcosme de son village et rencontre toutes les générations qui y vivent.

 C’est dans la rencontre avec les autres que s’élabore un autre film, décalé. Il change de ton, il hausse la voix, devient enjoué et drôle. La tendance à l’immobilisme qui caractérise presque tous les personnages, les uns parce qu’ils sont vieux, d’autres parce qu’ils aimeraient faire autre chose et le partager avec lui (invitation au déjeuner ou regarder une VHS de Shaolin) est interrompue, bousculée par les besoins de la vie concrète : un bébé à endormir, un chien à promener, une musique à écouter, une poussée de chansonnette énergique et pathétique...

les exemples abondent pour que la vie, si pauvre soit -elle, revienne au premier plan. L’abus dans l’utilisation des fondus au noir acquiert un sens et une noblesse. Juan doit revenir chaque fois du fond-du-noir, du trou noir de désespoir  d’où il croyait s’échapper en voiture... pour reprendre son élan, continuer à marcher, reprendre vie et certainement aussi à ...réparer cette auto qui ne lui appartient pas.

 

Heike Hurst