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Rencontre avec Majid Majidi

réalisateur du Chant des Moineaux

 

Humanisme iranien

 

«Le langage de l’Art peut amener les gens à se rendre compte qu’ils font partie d’une seule humanité, en dépit des différences de races, de cultures, de nationalités» affirme Majid Majidi. Après Baduk, Le père et Les enfants du paradis, le plus célèbre cinéaste iranien nous revient avec Avaze – Gonjeshk-ha ou Le chant des moineaux,  un film subtil, délicat et profondément humain.

 

Intercineth : Votre film s’appelle Le chant des moineaux et pourtant les autruches y jouent un rôle très important, dans l’histoire et dans la vie de Karim. Pourquoi ce titre ?

 

Majid Majidi : Les moineaux sont de petits oiseaux innocents et purs. D’ailleurs, ils ne chantent pas. Je pense que mon film est allégorique. Je veux montrer mon personnage comme innocent, montrer l’être humain pur qu’il peut être – j’ai donc pris l’allégorie du moineau, ce petit oiseau qui ne chante pas, qui est très simple et pur.

 

Intercineth : Votre film dépeint un personnage musulman, très religieux, très croyant. Pourtant on retrouve dans votre film des thèmes chrétiens et d’autres religions aussi. Considérez-vous votre film comme un film musulman ?

 

Majid Majidi : Mon film n’appartient pas à une religion spécifique. Il dépeint non pas des valeurs iraniennes spécifiques, mais des valeurs humaines.  Toutes les valeurs et les idéaux d’amour, de compassion, ce sont des valeurs humaines. J’essaie d’exprimer ces valeurs naturelles, qui ne sont pas limitées à une seule religion, mais appartiennent à l’humanité toute entière.  

 

Intercineth : On compare souvent votre cinéma au cinéma italien néo-réaliste. Cette comparaison est-elle juste ?

 

Majid Majidi : Ce style a toujours été le mien, même s’il a peut-être pris ici une direction différente. La structure des films iraniens peut ressembler à celle du néo-réalisme italien, mais la notion de fatalité, qu’on est victime de son destin, sans espoir, y est absente. Nous essayons de trouver une autre solution. J’essaie d’exprimer des choses que tous peuvent comprendre, qu’ils soient intellectuels ou pas. Mes films expriment des valeurs humaines et le monde d’aujourd’hui, assoiffé d’amour et d’amitié, semble les comprendre sans difficulté.

 

Intercineth : Est-ce difficile de faire des films en Iran ? Dans quelles conditions avez-vous tourné ?

 

Majid Majidi : Nous avons tourné en situation réelles, avec des caméras cachées.  Nous n’avons pas barré les rues ou quoi que ce soit. Les gens qu’on voit dans la ville sont les gens de la rue, non des figurants. Reza Najie devait se lancer avec sa mobylette dans les rues de Téhéran et faire de son mieux avec la circulation, qui était réelle. C’était très exigeant pour lui. D’ailleurs tout le film était exigeant pour lui. Il a soixante-trois ans et devait jouer un homme beaucoup plus jeune, il devait courir après les autruches, porter une porte sur son dos et marcher dans les champs. C’est un rôle très physique, très éprouvant. Quant à tourner en Iran, le manque d’équipement limite notre créativité. Ce serait formidable d’avoir du meilleur équipement. Mais au-delà de l’équipement, c’est la vision qui est la plus importante.

Propos recueillis par Anne-Christine Loranger pour Intercineth.