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There will be blood

Paul Thomas Anderson, États-Unis

 

 

De fric et de foi

 

 Les États-Unis d’Amérique se sont bâtis sur deux choses : l’argent et la religion. Une confrontation entre une quête acharnée de l’argent et la montée du fondamentalisme évangélique constituent les thèmes de la saga racontée sur 30 ans par Paul Thomas Anderson, sur l’ascension d’un humble prospecteur devenu magnat du pétrole. Au prix de tout et surtout de lui-même.   

 

Daniel Plainview (phénoménal Daniel Day-Lewis) a conclu un pacte avec le destin. Il fera tout, donnera tout, sacrifiera tout pour trouver du pétrole. Tout, jusqu’à verser le sang, le sien et celui des autres. Suite à un accident sur les derricks précaires du début du 20ème siècle ( simples constructions de bois mal dégrossies) il adopte Howard Wilson, le fils d’un ouvrier mort d’un accident. Ce fils, il s’en servira sans vergogne pour asseoir sa respectabilité vis-à-vis des malheureux fermiers dont il cherche à obtenir les terres. De son côté, Éli Sunday (excellent Paul Dano), le fils fondamentaliste d’un pauvre fermier, est lui aussi prêt à tout pour convertir le monde entier à sa foi.  Les terres des Sunday contenant de vastes réserves de pétrole, Plainview passe un marché avec Éli, qu’il se refusera pendant les trente années suivantes à honorer. Rien n’arrêtera l’arrogant, le tenace, le malhonnête Plainview, ni l’explosion qui rend son jeune fils sourd, ni la résistance des fermiers, ni Dieu, encore moins Éli, qui effectue tous les dimanches des exorcismes hystériques sous les yeux dévots de ses fidèles.  

 

Daniel Day-Lewis

Paul Anderson nous présente ici un anti-Western inspiré du roman Oil! du romancier américain Upton Sainclair publié en 1927, fresque dépourvue de toute trace de romantisme hollywoodien. La dureté des conditions de vie autour des puits de pétrole, l’aridité du sol, la fracture des corps martelés par le danger, sont magnifiquement servis par la somptueuse caméra de Robert Elswit. Daniel Day-Lewis et Paul Dano nous entraînent dans un véritable choc des titans, argent face à religion, aussi dévorés et corrompus  l’un que l’autre. La droite américaine hurle dans le visage torturé de ces deux êtres que rien n’arrête, surtout pas la morale ou le sang. There will be blood est une histoire colossale dont les thèmes, un siècle après l’époque de Daniel Plainview, sont d’une actualité toujours aussi brûlante.  

Anne-Christine Loranger