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Tropa de Elite (troupe d’élite)

 

De José Padilho

 

 

 

 

Auteur d’un documentaire emblématique Bus 174 , relatant le fait divers d’un autobus pris en otage, José Padilho s’allie à l’auteur Braulio Mantovani (nommé aux Oscars pour son script de City of God) et s’appuie sur le récit de Rodrigo Pimentel, ex-policier de cette unité d’élite (BOPE), au coeur du film. D’autres sources parlent même d’une collaboration avec un anthropologue, Eduardo Soares. Deux autres ex-flics Batista et Pimentel co-signent finalement le scénario avec Mantovani. José Padilha aura les frères Weinstein comme producteurs, sans les avoir directement contactés. Cela lui permet d’embaucher Mantovani pour de bon, qui réduit le script de 60 pages . Car Padilho voulait faire d’abord un documentaire qui raconterait toute l’histoire des Bope, depuis leur création, mais les policiers n’étaient plus d’accord pour s’exposer dans le film… 

Tropa de elite s’organise donc finalement autour du personnage du Capitaine Nascimento, (synthèse du vécu des ex-policiers) qui découvre les tourments de sa conscience quand il devient père et traverse donc une crise identitaire. Dans la guerre sans merci entre dealers ou patrons de la drogue et policiers plus ou moins corrompus, s’organise le plot du film : un policier non corrompu peut-il exister et espérer survivre dans un tel climat de violence ? Résultat : des scènes insoutenables de violence, de tortures et d’humiliations collectives, surtout pendant les séquences qui montrent l’entraînement de ces troupes habillées de cuir et arborant une tête de mort.- rappelant bien plus les escadrons de la mort de sinistre mémoire - que des corps d’élite d’une police d’Etat.

 Padilho ne semble pas comprendre pourquoi on attaque son film, alors qu’il célèbre de toute évidence et avec complaisance cette violence qu’il prétend dénoncer. Il déplore que son travail soit réduit à la violence qui se déploie pourtant en permanence et agresse le spectateur, autant par les actes perpétrés que par les bruits entendus. Il voulait, dit-il, situer son film en 1997, l’année de la création des Bope, démontrer que la police de cette époque n’existe plus, donc que les choses auraient empiré depuis. Padilho fait semblant d’ignorer que des gens ont la vie détruite ou deviennent fous pour des faits moindres. Esthétiquement, le film procède par caméra affolée et ne parvient pas à autre chose que des clips répétés qui rappellent la pub-télé. Cela dit, le film a quand même un tempo bien à lui, différents personnages retiennent notre attention, au moins en première partie, mais le tout pêche par des excès de simplification : deux policiers débutants, des membres d’une ONG, un noir à l’université où l’intégration a visiblement été ratée, des femmes archétypes, l’épouse inquiète, l’étudiante naïve etc.

Pour justifier sa place au palmarès, le film aurait été choisi par le festival, ensuite par le Jury (lui attribuant l’Ours d’Or), pour ses qualités démonstratives de l’horreur objective de la situation dans les favelas ? Une thèse pour le moins controversée...

 

Heike Hurst

 

PS : 30.000 DVD-pirates du film circulent au Brésil depuis sa fabrication, mais 2 millions et demi de spectateurs sont allés le voir quand même. Plus grand succès de 2007 du box office brésilien.