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Faire du « Expanding Cinema », élargir le champ des perceptions, découvrir et montrer des films étonnants, est le vœu le plus cher et une nécessité dans toute programmation exigeante. A Cannes, plus qu’un vœu, c’est une tendance, qui se généralise : que toutes les sections plus ou moins parallèles du Festival de Cannes fassent comme le grand frère, c'est -à-dire soient en pleine expansion. comme à la Sélection Officielle, il y a autant de films hors compétition qu’en compétition. Aux sept films de la « Semaine » s’ajoutent donc des films-événements, des « extras » et des films-surprise! Pour le festivalier-critique qui a besoin de ses pieds et de ses coudes pour profiter de cette manne, se déplacer sans cesse du Palais jusqu’au Miramar, tient de l’exploit marathonien !
La Semaine de la Critique se gonfle donc cette année, outre des « séances spéciales » (deux films) et des « événements » (cinq films), de la révélation FIPRESCI de l’année : Lake Tahoe du Mexicain Fernando Eimbke, ou comment faire le deuil d’un père en partant avec sa voiture, la crasher et passer beaucoup de temps sur cette même route où la voiture s’est plantée pour réparer tout : l’auto, les blessures de l’âme, la psyché et le reste… (l’un des plus beaux films de Berlin 2008).
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Des films tellement extraordinaires qu’on se demande pourquoi ils ne figurent pas tout simplement dans la sélection des sept films de la Semaine qui concourent pour un prix. Home de Ursula Meier, Suisse, est un vrai premier film, donc un film idéal pour la Semaine, car son premier coup d’essai, Les épaules solides, n’était qu’un moyen long métrage (formidable !) : Home exploite les mécanismes secrets du lien familial et des névroses qui s’y manifestent. Il étudie comment la santé mentale d’une famille et de ses membres dépend de l’environnement immédiat. Ici, une bretelle d’autoroute oubliée qui se transforme en une nuit en l’autoroute la plus fréquentée du pays. C’est l’enfer pour ceux qui habitent la bicoque construite à la hâte et la fin d’une utopie de vie ou d’un phalanstère. Agnès Godart au cadre, Isabelle Huppert et Olivier Gourmet en parents. C’est remarquable, drôle et inquiétant.

Même consternation sur le choix des sélectionneurs sur Rumba, le film de Fiona Gordon, Dominique Abel et Bruno Romy : ce film méritait les honneurs de la compétition, alors que déjà Iceberg, leur premier coup de maître, n’avait pas été montré. Malgré cette exposition minimale, il a séduit plein de gens et a été acheté par presque tous les pays européens. Le propos est artistique, dansé et émaillé de pics d’humour inégalés. Originalité 100 %, les comparaisons avec Aki Kaurismaki, Jacques Tati et Buster Keaton ne sauraient nuire à leur réputation. Ce bonheur dansant et dansé de Rumba manque totalement au film Seven Days/ Sept jours de Ronit et Shlomi Elkabetz ,qui était projeté dans le cadre des « Evénements ».
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Après leur magistral Prendre femme (qui racontait l’histoire de leur mère), dans Sept jours, il s’agit d’un deuil dans une famille juive qui reste réunie autour du défunt – sept jours- jusqu’ à l’enterrement. Occasion de faire un bilan, de s’adonner à la réflexion, d’interroger les liens intimes sur leur solidité. Accusations, cris et chuchotements se succèdent. Les dialogues sont superbes : « Je t’aime. Pourquoi ? Parce que tu es ma sœur ! » Mais le tout s’enlise dans une certaine théâtralité.

Des films de la Semaine en Compétition, retenons surtout la joyeuse évocation d’un coup de foudre (une collusion) pas ordinaire , entre une femme mariée avec trois enfants et un camionneur plus jeune : Aanrijding in Moscou (Moscow, Belgium) de Christophe von Rompaey, où le travail de Barbara Sarafian et de Jürgen Delnaet hausse le film à la hauteur du cinéma d’auteur, alors que le filmage serait plutôt celui d’un film-télé de bonne facture. La sangre brota de Pablo Fendrik (réalisé après El Asaltante qui va sortir dans une semaine sur les écrans), fondé sur un solide travail avec des acteurs de générations différentes en utilisant leur potentiel tantôt enragé, tantôt placide, est surprenant, violent, jamais tiède. Un travail formel sur les couleurs et le rythme crée une tension qu’il sait maintenir jusqu’au bout, même lorsqu’ il fait un clin d’œil au cinéma fantastique. Coup de chapeau aux jeunes acteurs qui illuminent le film.

Dans ce même registre de la violence, surgie du réel, une jeune femme russe, Valeria Gaï Guermanika semble raconter ce qu’elle a vécu, tellement les personnages et les scènes qu’elle relate sont denses: Vse umrut a ja ostanus (Ils mourront tous sauf moi) est un coup de poing neuf sur un sujet maintes fois raconté. Les problèmes des jeunes filles avant le premier flirt, la première fois et les liens d’amitié d’un côté ; parents et école vus comme les institutions contraignantes qui ne permettent de s’épanouir dans aucun des registres follement désirés par ces jeunes filles, de l’autre. Un film habité grâce à ses interprètes hors pair et des situations qui ne sont jamais simplistes. En comparaison, le film allemand Das Fremde in mir (L’étranger en moi) d’Emily Atef ,qui est bien joué et bien filmé, n’arrive pas à décoller. Le sujet est pourtant intéressant : cette dépression après la naissance d’un enfant qui arrive sans crier gare. Dépression post-natale (fameux « baby blues »), traitée en regardant la jeune femme qui vient de donner naissance, en consultant psy et pédiatres, rééducatrice-puéricultrice etc. Au lieu de faire confiance à sa jeune interprète, épatante Susanne Wolff, qui incarne parfaitement la mère juvénile déboussolée par l’arrivée de l’enfant, le film s’égare dans le didactique et pré-analytique, sans oser une véritable analyse du phénomène. C’est traité comme un cas clinique, alors qu’un enfant est toujours aussi une histoire d’amour. Les deux voies que la réalisatrice n’a pas su départager.