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WALTZ WITH BASHIR

(Valse avec Bashir), de Ari Folman

Film documentaire d’animation

 

Compétition, jeudi 15 mai

 

Commando de la mort

 

26 chiens féroces, toutes dents dehors, langues baveuses et yeux  jaunes exorbités, dévalent à perdre haleine les rues de Beyrouth. Chiens de guerre, lancés à toute allure par le réalisateur israélien  Ari Folman, dans l’interminable (au vrai bon sens du terme : dont on ne peut envisager la fin), terrifiant, hallucinant, assourdissant et percutant plan séquence, qui ouvre son prodigieux dessin animé.

Chiens de cauchemar, car c’est bien de cela qu’il s’agit : le cauchemar récurrent d’un ami du cinéaste, qui lui confie autour d’un verre, être constamment poursuivi, traqué, acculé par cette meute enragée dans ses rêves. Plus de vingt ans après la première guerre du Liban, Ari Folman ne se souvient plus de rien… Il a occulté l’horreur, peut-être pour pouvoir y survivre…

Cette rencontre de bar va en entraîner d’autres : peu à peu, en interviewant à travers le monde ses compagnons d’autrefois, il va reconstituer le sinistre puzzle de la mission secrète confiée au commando de l’armée d’Israël dont il fit partie, pour contourner le massacre vengeur de Sabra et Shatila par les Phalanges chrétiennes libanaises, en représailles contre l’assassinat de leur chef, Bashir Gemayel . C’est cette absurdité qu’il remet ici magistralement en scène, par le dessin…

Et quel dessin !  Soutenu par la musique affolante et géniale de Max Richter, le trait est acéré, précis, déroutant de vérité. Les visages, les regards, en constante mobilité ; les mouvements des corps traqués, inquiets, comme pris au piège ; le mimétisme absolu entre Ari Folman et son effigie de papier : autant de pistes qui rendent tangible, presque palpable,

L’atmosphère qui régit autrefois leur folle et dangereuse équipée nocturne.

Aux cauchemars canins de l’ami Boaz Rein Buskila, hanté par ces molosses fous qui en veulent à sa peau, se superposent, au fur et à mesure que la mémoire lui revient, les hallucinations d’Ari, de plus douce facture : tandis que les membres du commando étaient, de fait, pétant de trouille à bord d’un sinistre bateau militaire, sombre et gris, pour cette mission secrète, Ari Folman y préfère l’illusion d’une somptueuse goélette, toutes voiles dehors, sur le pont de laquelle jaillit soudain une sirène, longue femme brune aux cheveux dénoués caressés par le vent, qui l’entraîne comme par magie dans les flots où, nageant joliment sur le dos, elle le dépose doucement entre ses cuisses, la tête tournée sur son ventre, que l’on devine chaleureux…  L’accueil rassurant d’un pubis féminin ; bel abri pour le chagrin à venir. Contre l’horreur, la beauté. Impressionnant.

 

Véronique Blin