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Jackie Buet, directrice artistique de la manifestation, voulait inviter Agnès Varda pour fêter cette 30eédition. Il y a une photo qui prouve qu’elles l’avaient inauguré ensemble. Agnès Varda ne voulait pas venir, ayant en ce moment un joli projet sur le feu de sa création. Mais elle voulait bien débattre de l’utilité de cette manifestation, ou du caractère dépassé d’une telle programmation orientée. Ce débat a eu lieu, a mobilisé pas mal de monde et figure déjà dans les annales du Festival comme la « controverse » de Créteil. L’argumentation est toujours la même : avons-nous encore besoin de nos jours d’un lieu où les femmes pourraient regarder des films qui ne parlent que d’elles... ?
Ce lieu est La Maison des Arts à Créteil, où le public mixte ne s’est pas bousculé à toutes les séances. Mais cela ne dit encore rien de la pertinence d’une telle manifestation, qui, évidemment, doit s’ouvrir à d’autres publics et d’autres thématiques.
Jeanne Dielman... « C’est du Hitchcock », disait Chantal Akerman, qui présentait, visiblement émue, son chef d’oeuvre devant une salle à moitié pleine, mais toutes et tous sont restés, car on ne peut se soustraire au magnétisme qui émane de ces images qui n’ont pas pris une ride. Ce film d’une très jeune femme sur sa mère –une figure maternelle symbolique- et son aliénation, allait bouleverser le langage filmique et la perception de la « femme » au cinéma. Des films de cette importance, il y en avait 30, comme l’âge du Festival et quels films ! Entre autres De Campion, Un ange à ma table, de Barbara Loden, Wanda, de Naomi Kawase, Suzaku, de Catherine Breillat, 36 fillette, d’Isabel Coixet, Ma vie sans moi et, des débuts du Festival, les films incontournables de Helma Sanders-Brahms, L’Allemagne Mère blafarde ou de Margarethe von Trotta, Les années de plomb etc...
Comme tous les ans, ce programme géant était complété par des projections annexes : dans les cinémas d’Art et d’Essai de Créteil on découvrait les plus beaux films de l’année : Naissance des pieuvres de Céline Sciamma; XXY de Lucia Puenzo ; Des chiens dans la neige de Ann-Kristin Reyels; Coupable de Laetitia Masson et Le Cahier de Hana Makhmalbaf, dont le titre original, Buddha meurt de honte, dit bien plus de choses…
Le choc de cette édition et Grand Prix du Jury (Ingrid Caven a-t-elle pesé dans la balance ?) est un film sans concession sur une fille junkie d’une bonne famille de la bourgeoisie iranienne : Mainline (Khoon bâzi), de Rakhshan Bani-Etemad et Mohsen Abdolvahab , sur la société iranienne, la surveillance et la brutalité de la répression dans les grandes villes. Un splendide noir et blanc du célèbre directeur de la photo Mahmoud Kalari. crée une sorte de beauté glacée qui fait froid dans le dos. Le public a opté en revanche pour un film turc sur les crimes d’honneur : Sakli Yüzler (Hidden Faces) de Handan Ipekzi, de facture honorable, n’arrivait pas à la cheville des autres films turcs sur le même sujet comme Bliss , mais tétanisait son public, surtout jeune. Et c’est cela qu’il faut peut-être retenir de cette 30e édition : les jeunes étaient nombreux à découvrir les films, leur Jury s’appelle « cinéphage » et puisqu’ils ont dévoré beaucoup de bons films, ils méritent bien leur nom : Maati May de Chitra Palekar, Inde, puissant et plein d’énergie , fut l’élu de leur cœur.
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Heike Hurst
(1) Bellissime...de Giovanna Gagliardo, passionnante compilation d’archives, produite par la Rai, hélas invisible en France.