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Filmfest Dresden

 

Grands crus et petits vins frais

 

Par Anne-Christine Loranger

 

Dresde est une merveille au printemps, même sous la pluie. Cette dernière n’a pas épargné les visiteurs de la 20ième édition du Festival International du Court métrage de Dresde en Allemagne, qui s’est tenu du 15 au 20 avril dernier. Bonne occasion de fréquenter les salles du Métropolis, l’un des quatre cinémas alternatifs de Dresde, et de se réchauffer au feu de la création cinématographique. Menu gastronomique, voire gargantuesque: 285 courts métrages dont 69 en compétition officielle.  La Francophonie était au rendez-vous avec deux programmes francophones : La vie en vingt minutes, compilation de courts métrages français et Panorama Québec, des cousins du Canada. Thème récurrent : celui des enfants qui doivent ceindre des ceintures d’adultes. Impossible de tout voir, mais Intercineth vous offre en bouquet un compte-rendu des Prix et des Coups deCœur.

 

Les Prix en Compétition internationale :

 

Madame Tutli-Putli, Canada 2007 (Chris Lavis, Maciek Szczerbowski).

Récipiendaire du Grand Prix Canal + et du Petit Rail d’Or à Cannes en 2007 ; nominé en 2008 pour un Oscar dans la catégorie Meilleur court métrage d’animation, Madame Tutli-Putli allie la prouesse technique à la poésie de l’image. Alourdie de toutes ses possessions et de quelques fantômes du passé, Madame Tutli-Putli  prend le train de nuit, un train qui l’entraîne au milieu d’un maelström de mystères et de craintes. Les cinéastes canadiens n’ont pas craint de créer de nouvelles techniques d’animation alliant l’œil humain, les marionnettes et l’animation classique pour accoucher de ce chef-d’œuvre qui fait école en matière d’animation. Un grand crû ! Cavalier d’or du meilleur court métrage d’animation en compétition internationale et Cavalier d’or de la meilleure bande-son.

 

Madame Tutli-Putli

Waves (Vagues) Roumanie 2007 (Adrian Sitaru).

À la plage, une belle française demande à un jeune Romanichel de garder son jeune garçon attardé.  Un père de famille tente de tromper son ennui en draguant cette même femme, mais tout change quand elle est emportée par une vague. Cinéma vérité grinçant et juste sur une plage surpeuplée. Pauline à la plage version Ceaucescu. Cavalier d’or du meilleur court métrage de fiction en compétition internationale. 

 

Les prix en compétition nationale :

Weiss (Blanc)  Allemagne 2007 (Florian Grolig).

Film d’animation très conceptuel sur la monotonie d’un monde tout en blanc dans lequel l’espace est défini par l’absence de contact.  Bien fait, mais froid. Cavalier d’Or du meilleur film d’animation en compétition nationale.

 

Robin, Allemagne 2007 (Hanno Olderdissen).

Troublant et magnifique film sur l’enfance. Robin, dix ans, oublié au milieu de sa famille dysfonctionelle tente, alors que sa petite sœur nouvelle née est violemment blessée lors d’une dispute parentale, de protéger sa mère des conséquences. À tout prix. Cavalier d’Or du meilleur court métrage de fiction en compétition nationale.

 

 

La Parabolica (L’antenne parabolique), Espagne  2007 (Xavi Scala).

Adorable critique de l’omniprésence télévisuelle, de ses poisons et accoutumances. La télé du vieux Vincente se brise durant la télédiffusion de la visite du Pape. Désespéré,  il décide de se fabriquer une antenne parabolique maison. Prix ARTE du court-métrage.

 

Moen-Koey (Toujours)  Thaïlande 2006 (Sivaroj Konsakul).

Qu’est-ce que l’amour quand l’un des deux a perdu la mémoire de ce qui était ? Qu’est-ce que cela veut dire de donner ses soins, son amour, sa tendresse à un être dont  l’esprit est frappé d’Alzheimer ? Un film doux-amer qui vous tire des larmes. Prix du Jeune Jury.

 

Illusions, Allemagne 2007 (Burhan Qurbani).

Les contrôleurs de métro et de bus allemands font partie de la terreur collective. Burhan Qurbani nous raconte l’histoire de Lena, qui perd son emploi de contrôleuse à Berlin quand elle désobéit aux lois sacrées du contrôleur.  Et ce n’est que le début ! Carola Dickmann est une actrice magnifique qui sait communiquer sa détresse et sa solitude avec tous les pores de sa peau. Excellent !  Prix de la critique allemande.

 

Run Nouvelle-Zélande 2007 (Mark Albiston)

L’enfance estropiée, celle qui doit pousser des ailes d’adultes a été le thème récurrent de ce festival et Run! , présenté en compétition officielle à Cannes en 2006 nous crie cette vérité. Un frère et une sœur qui se détestent doivent allier leurs forces s’ils veulent survivre à la menace paternelle. Très fort !  Prix du public – Compétition internationale.

 

Bende Sira (C’est mon tour !) Allemagne 2007 (Ismet Ergün)

Dans les banlieues d’Istanbul, des enfants jouent à un jeu de leur invention. Un bijou d’intelligence et de fraîcheur ainsi qu’une déclaration d’amour au cinéma.  Prix du public – Compétition nationale.

 

Les Coups de Cœur Intercineth pour les courts métrages d’animation

Isabelle au bois dormant, Canada 2007(Claude Cloutier).

La Princesse Isabelle dort d’un sommeil narcotique. Le Roi, son père, fait appel à ses sujets pour la réveiller. Un beau Prince répond à l’appel. Ce sosie du Prince Charles aura fort à faire pour délivrer la princesse. Hilarant et délicieux, ce petit film joue sur tous les clichés des contes d’enfants (et d’adultes). Nous adorons !

 

The blind man’s eye, Irlande 2007 (Matthiew Talbot-Kelly).

Imaginatif et poétique que ce film sur un vieil aveugle qui explore le monde du souvenir à travers le corbeau qui s’échappe de son œil. Le corbeau se transforme en une ville-souvenir en trois dimensions, composée de collages. Fascinant !

 

Arka (L’Arche), Pologne 2007(Grzegorz Jonkatys).

Il me faut mentionner cette merveille d’animation polonaise. Ni près, ni loin dans le futur, un virus a détruit la presque entièreté de la population humaine. Les survivants se lancent à l’aventure dans d’immenses vaisseaux pour tenter de trouver des terres habitées. Un magnifique court métrage, qui a failli remporter le Cavalier d’Or de la meilleure animation.

 

Amylase, Allemagne 2006 (Henning Thomas, Björn Verloh).

Amylase, c’est une substance contenue dans la salive et qui fait que le papier colle quand on l’en enduit. Intercineth a adoré ce film dans lequel un homme de papier tente de garder sa tête.  Un petit bijou d’animation qui fait redécouvrir la merveille texturale du papier mâché.

 

Les Coups de Cœur Intercineth en courts métrages de fiction

 

Manon sur le bitume, France 2007 (Élizabeth Marre, Olivier Pont).

Ce n’est pas que le thème d’une personne qui meurt soit nouveau, mais ce film l’aborde avec une légèreté qui serre le cœur. Alors que Manon se meure au milieu de la rue, ses pensées s’évadent, dansent, s’envolent vers ceux qu’elle aime ou qu’elle a mal aimés. Un beau film, qui donne envie d’embrasser ses proches.

 

Mein Vater schläft (Mon père dort) Allemagne 2007 (Grzegorz Muskala).

Une journée d’été banale dans la vie de Mika, qui vit pauvrement à la campagne avec sa famille. Son père malade ne peut plus prendre soin de la ferme et Mika doit aider aux travaux et à l’abattage des bêtes. Mais il doit compter avec les jeux de sa petite sœur.  Simple, silencieux, dur. Beau.

 

Die Ehrlose (La déshonorable) Allemagne 2007 (Sedat Aslan).

Sinan la cherche, celle qui a ruiné l’honneur de la famille en allant vivre avec un homme blond dans un appartement de Berlin.  Pistolet dans la poche, il va malgré lui à sa rencontre et rien ne sera plus jamais comme avant. Un film qu’on devrait présenter partout où on commet des « meurtres par honneur ». Important et troublant.

 

Et voilà ! Il aurait fallu parler des expositions Radicaux Libres des créateurs québécois à la Galerie Raskolnikov. Et puis les quatre séries 20 ans-20 films, meilleurs courts métrages présentés au Filmfest Dresden depuis 1988. Et puis les programmations britanniques et celles sur Tokyo. Et puis, et puis, et puis… Et puis une question : pourquoi ne présente-t-on plus au cinéma de court métrage, avant le long ? La merveille du cinématographe, elle est là !