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Migrations... d’hommes et d’images

 

Du Cinéma du Réel

et de  sa  30e édition... à Paris…

 

…qui n’a pas attendu cette durée canonique pour se mettre en question et bousculer les idées reçues sur le documentaire. Que retenir de cette extraordinaire programmation ? Que de la terre entière, des migrants accourent au prix de leur vie, idée rebattue, me direz-vous, dont La Frontera infinita de Juan Manuel Sepulveda, Mexique et le premier film de Idrissa Guiro, France, Barcelone ou la mort , seraient une synthèse implacable. Dans le premier, on saute sur des trains et l’on accepte le risque de perdre un pied ou une jambe dans cette course effrénée ; tout comme au Sénégal, à Thiaroye, où l’on part dans une pirogue à 80, avec très peu de chances d’arriver aux Iles Canaries. Mais les morts de toutes ces traversées ne découragent pas les candidats à l’émigration.

 

Il n’y a pas de remède à la détresse, mais les films sont nombreux à nous rappeler que solidarité et compassion existent, même dans les situations les plus désespérantes. Marie-Pierre Duhamel-Muller, l’infatigable directrice artistique du Festival, ne s’attarde pas sur l’exposition de problématiques de cet ordre, elle parle : « ...du divin désir de vivre et du chagrin de l’Histoire... ».  

 

Ce chagrin de l’Histoire était au coeur de l’un des plus beaux films de cette édition. Holunderblüte (Fleur de sureau) de Volker Koepp, Allemagne, a obtenu le Grand Prix. Le film se passe à Kaliningrad et donne la parole aux enfants et jeunes adolescents, seule richesse de ce coin perdu. L’enclave russe incarne les bouleversements du siècle : les habitants de la Prusse orientale furent chassés par Staline et les russes installés de force. A Kaliningrad, considéré comme butin de guerre, rien n’a résisté. Les enfants que nous voyons sont nés dans les années 90. Ils vont bientôt s’en aller. En attendant, ils ont su créer un monde à eux et c’est ce que Koepp nous montre avec tendresse. Ils sont poètes, peintres, souriants. Les parents au chômage, alcooliques, ne sont pas dans le film. Ils manquent à leurs enfants, donc ils manquent au film et c’est bien ainsi. Image à retenir : une petite fille ramène victorieusement un grand pot de lait, un vélo, un manteau et le petit frère. « La nécessité de décrire des situations insupportables, fonde la légitimité du documentaire » dit Volker Koepp, lequel a déjà tourné quatre films dans cette région. 

 

Documentariste ou pas, le regard fonde la ou le cinéaste : quand Shirley Clarke filme les habitants de Harlem et crée ses fictions à partir du réel entrevu et des personnes noires, toutes magnifiques, que sa caméra découvre et auxquelles est dédié son cinéma, elle nous propose sa vision des années 60 et la réflexion qui va avec. Son immortel Portrait of Jason fonde ainsi d’autres expériences, d’autres cinéastes. Le dernier en date étant Wollis Paradies de Gerd Kroste, qui dresse le portrait d’un personnage haut en couleurs, Wolli, inventeur du cinéma porno et souteneur très spécial, qui apporte « le bonheur aux hommes », puisqu’il vend de l’amour au lieu de vendre des armes... Fait dont il aurait honte, évidemment.

 

Heike Hurst