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« FLEURS DE CIMETIÈRE

(et autres sornettes) »

Chorégraphie et mise en scène : Myriam Herve-Gil

Texte : Dominique Wittorski

Avec Marie-Agnès Arlot,  Marie-Christine Gheorghiu
Myriam Herve-Gil,  Roberte Léger, Blandine Meslay,
Manuelle Robert (en alternance),  Suzanne Schmidt, Edwige Wood

 

Durée : 55 mn

Caserne des pompiers à 12h

Jusqu’au 29 juillet

Relâche les 15 & 22 juillet

Tél : 04 90 87 26 80

 

« Quand est-ce, le bon moment, pour parler ? »

 

Photo Christine Barbey

Elles sont sept, à pénétrer sur scène à petits pas, en papotant  à voix basse. On pourrait croire à une réunion de travail d’un groupe de dames patronnesses pour la répartition des tâches en vue de bienfaits à venir…

Toutes de vert vêtues, dans un camaïeu  subtil allant du kaki à l’anis, elles prennent peu à peu place sur sept chaises de même couleur. Vert, la couleur de l’espérance…

Leurs chuchotements discrets  sont régulièrement  interrompus  par l’une d’entre elles, qui cherche à prendre la parole « pour de vrai »… Celle qui semble être la chef de groupe la coupe net à chaque tentative par un impératif  «  pas maintenant ! «  ou autres « ça n’est pas le moment ! « . Que faire ?

Bouger, se lever, glisser sur le sol, tournoyer,  exprimer par les mouvements du corps les mots que l’on retient, que l’on garde dans sa bouche. Elles s’y emploient toutes, à tour de rôle ou ensemble ; toutes, sauf elle, qui persiste dans son dessein, son désir de parole. Finalement, elle passe outre et se lance…

 

Photo Jean Gros Abadie

Passent alors en revue, par sa voix , tous les mots des maux des femmes  en âge de commencer à vieillir  : des petites ridules naissantes au coin des yeux à cette peau qui se balade sous les bras, passée la quarante cinquantaine ;  du regard qui s’affaisse  à la fesse qui s’allonge ; de la libido en déroute à l’envie de dormir ; de ces fameuses « fleurs de cimetière » - taches brunes qui apparaissent un peu partout au rythme de l’âge qui s’avance – aux divers bobos de la lassitude,  tous leurs efforts  pour contourner ce triste constat semblent vains, n’était leur formidable appétit de « vivre »,  quels qu’en soient les chemins.

 

Cet appétit, cette envie chevillée au corps, c’est leur corps qui l’exprime, chacune à sa façon, d’abord timide et solitaire, comme autant d’élans avortés, bondissant tour à tour de leur chaise pour « tenter » quelque-chose, esquisser un geste, donner une intention avant d’aller se rasseoir, puis peu à peu convergeant  vers un ensemble où toutes se retrouvent, dessinant les arabesques d’une belle harmonie. Comme réconciliées avec elles-mêmes, marchant d’un bon pas vers demain.

 

Enfin sorties  de cette vilaine ornière, assumant joyeusement le passage du temps, elles mettent une bien jolie claque à l’idée selon laquelle, somme toute, il vaudrait mieux être un « z’homme »… Nos chers partenaires du genre masculin bénéficiant, il faut bien le dire, de la réputation exactement inverse à la nôtre : lorsqu’une femme constate dans son miroir l’apparition d’une nouvelle ride, elle s’exclame avec effroi « encore ! » ; un homme lui, ravi de ce supplément de « virilité », aurait plutôt tendance à dire « enfin ! » . Il n’est pas interdit de rêver…

 

Véronique Blin