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De et avec Bernard Crombey
Roman Noir Production
Adaptation théâtrale de l’œuvre de Paul Savatier
« Le ravisseur »
76 rue Guillaume Puy – Avignon
Réservations : 04 90 85 89 49

Le fait divers de 1976, tel que relaté dans les journaux, faisait état de cinq mois pendant lesquels la petite Amandine, 8 ans, serait restée chez Victor, dit « Motobécane », dans ce petit bled paumé de la France profonde, avant d’être retrouvée par les gendarmes… L’auteur Paul Savatier en a tiré un récit, « Le ravisseur ». Bernard Crombey, lui, s’empare de l’un et de l’autre pour « incarner » à lui seul l’ histoire vraie incroyable de cet homme qui reçut un beau jour le ciel sur la tête. Avec pour seul moteur - outre celui du titre - l’indéfectible envie de la réécrire à sa façon, avec l’accent picard…
Son truc, à Victor, c’est le ramassage des bouteilles vides : « ça, c’est mon principal à nourrir, el récolte des bouteilles vides, à payer mon pain et mes deux biftecks hachés ed la semaine ».
Sa vie paysanne est ainsi, immuablement rythmée par le ronflement de sa mobylette bleue « motobécane », au gré de ses déplacements limitrophes, dans le périmètre exclusif qui va de la décharge publique au centre-ville. Avec l’espoir secret de dénicher, au cœur des immondices, quelques bouteilles encore estampillées de leurs étiquettes millésimées, pour sa précieuse collection… « A toujours impression ed partir loin en voyage, toujours ercherche nouveaux châteaux, attendre el chance et tomber sur une rareté d’étiquette ed Château du Cheval Blanc ».
Immuable parcours… Jusqu’au jour où… « Faisait pas bien soleil es’matin-là, mais roulais tout d’même au travail des bouteilles vides. Quand ej l’a vu trottiner edvant moi, même cachée par son tiot cartable rouge… Tiens ! Voilà la pétiote ! Ej m’arrête, laisse el moteur à l’écoute… Bonjour Amandine ! Bonjour, m’sieur Motobécane ! On cause, cause et on cause ». (…) « Et c’est là, à l’exact, qu’el gros orage a déversé ».
Voulant rendre service à la petite Amandine, dix ans, trempée jusqu’au os sous l’ orage violent et ne voulant plus aller à l’école, ni rentrer chez elle, de peur d’être frappée par sa mère au vu du carnet de notes désastreux qui s’annonce, il la recueille chez lui, au chaud, dans son grenier…Elle y restera longtemps…
Il a tout dit au juge, Victor, « à l’exact ». Mais la Justice des hommes ne l’entend pas de cette oreille…
En fond de scène, à gauche et bien en vue en pleine lumière, une mobylette bleue est suspendue, phare allumé, comme prête à partir. A droite, une caisse de bouteilles vides, à laquelle est adossée une poupée de chiffon. Devant elle, un casque de moto. Au centre, un plan incliné de lattes de bois clair, derrière lequel Victor/Bernard Crombey tente, s’en servant comme d’une table, de coucher par écrit son « carnet de voyage ». Quel voyage !
La sidération est le premier mot qui vient à l’esprit pour qualifier l’émotion qui nous assaillit tous, à l’écoute de ce récit extraordinaire. Que dire de celle qu’a dû ressentir Bernard Crombey en en prenant connaissance ! A en juger par la manière dont il prend en charge, personnellement, les atermoiements et les craintes de cet homme perdu dans les arcanes judiciaires d’un procès dont il semble exclu, quand il le concerne au premier chef ; essayant d’expliquer l’inexplicable et découvrant tout à la fois que ce dont on l’accuse est ce qu’il croyait « bien faire », les jurés que nous fûmes – peut-être - demanderaient sans nul doute l’acquittement !
Il est des « décalages » que peu savent rendre crédibles. Bernard Crombey en est, assurément.
Véronique Blin