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Festivals

STONES

De la Compagnie Orto-Da (Israël)

Spectacle créé par :

Yinon Tzafrir, Avi Gibson Bar-El, Daniel Zafrani, Yifat Zandany Tzafrir
Avec : Yaniv Moyal, Avi Gibson Bar-El, Moti Sabag, Hila Spektor, Hezy Kohen, Yinon Tzafrir

 

Théâtre Buffon à 12h40

Jusqu’au 29 juillet

18 rue Buffon – Avignon

Tél : 04 90 27 36 89

 

Photo TEMAL Productions
Pierres vivantes de la mémoire

 

Avant même que le spectacle ne commence, une « installation » trône au milieu de la scène : six  statues de granit sombre,  engluées de boue épaisse, de cendres, de poussière et de défécations d’oiseaux accumulées au fil des ans, cinq hommes et une femme brandissant son bébé au-dessus des têtes, tendent leurs bras vers le ciel en quête d’on ne sait quoi, anéantis, défaits, mais comme porteurs d’espoir, en dépit de tout…

Le rideau se ferme ; l’instant d’après, il s’ouvre à nouveau : l’image figée a cédé la place aux corps immobiles mais bien vivants de six comédiens magnifiques qui, dans l’exact agencement de la posture morte initiale, tout autant couverts de boue qu’elle, entament le récit, sans dire un mot. Le sextuple mime qui s’ensuit  est un voyage mémoriel et poétique à couper le souffle.

 Commémorant l’holocauste à leur façon, tout est prétexte à détournement d’objets ou de symboles témoins de cette période tragique, les transformant tantôt en jeux, pour survivre, tantôt en utopies, pour espérer.

C’est ainsi que les douches des innommables – pourtant si bien nommés – « camps de la mort », en principe prévues pour se laver, sont d’abord matérialisées par ces bulles de savon que tous les six, tels des enfants, s’amusent à faire jaillir en soufflant à travers ce petit cercle de couleur que l’on plonge dans un gobelet mousseux. Lorsque les jets de gaz remplacent l’eau salvatrice, ce sont autant d’étoiles jaunes qui s’échappent du pommeau, tandis que le sextuor s’effondre lentement… Puis, par un jeu de lumière noire, ces mêmes étoiles, luminescentes cette fois, montent vers le ciel où les attend la lune, au firmament de notre galaxie.

Ce sont aussi ces fils de fer barbelé, électrifiés, enserrant les baraquements, où la moindre toile d’araignée traquée, lorsqu’ on en suit les fils et les saisit délicatement, peut devenir cordes de guitare ou de harpe, pour une survie musicale. Ou encore grille  de mots croisés, de bataille navale, ou le joli dessin d’une maison avec sa porte.

Ce sont enfin ces coquelicots rouge sang, cueillis à même la terre de ce champ dévasté et que l’on porte gaiement à la bouche ; cette étoile de David devenue croix gammée, cerf-volant ou voilier pris dans la tempête, selon le dessin que l’on donne à la toile. Survivre, fût-ce en jouant à vivre…

 Le bébé pleure. Pour le calmer, tous se parent de l’universel nez rouge et font le clown, pour le faire rire. Ils y parviennent, mais voici le bruit d’un train vapeur, qui se rapproche et les emporte… « Follow me ! », disait la pancarte ; ils l’ont suivie… Les nez rouges du rire ont repris la couleur jaune de la « signalétique » alors en vigueur… Un à un, les nez tombent et les six fabuleux mimes de la Compagnie Orto-Da s’affaissent, tendant de nouveau leurs bras vers le ciel, recomposant peu à peu l’exacte posture initiale, figée, implorante.

Photo TEMAL Productions

 Soudain, du cœur des pierres, jailli d’entre les cendres maculées de crottes de pigeon, un oiseau blanc immaculé s’envole vers les cintres : la colombe de la paix… Puisse-t-elle voler jusqu’à nous ! En juillet 2009, à Avignon, elle a inscrit pour longtemps son empreinte aux murs du Palais des Papes.

 

Véronique Blin