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RICKY

De François Ozon

Avec Alexandra Lamy, Sergi Lopez, Mélusine Mayance, Arthur Peyret

 

Bébé volant…

 

Est-ce le « Syndrome de Stockolm » - étrange et célèbre tendance psychologique attirant la victime vers son bourreau – qui a frappé Cathy (irrésistible  Alexandra Lamy) ? Déjà mère d’une petite fille (délicieuse  Mélusine  Mayance), ouvrière à la chaîne dans une usine de volailles,  elle y rencontre Paco  (craquant Sergi Lopez), qui l’épouse  et lui fait un bébé, lequel  opte d’emblée  pour l’univers fantastique : affublé  dès la naissance d’une minuscule  paire  d’ailes,  il apprend très vite à en faire usage et profiter de cet « attribut » rigolo  pour quitter le plancher des vaches quand bon lui semble, c’est-à-dire  souvent…

 

Sergi Lopez ,Alexandra Lamy et Mélusine Mayance

Décidément, François Ozon aime surprendre. Nulle  comparaison possible , ni signature  lisible  dans ses films. Changeant constamment d’époque , de style  et de  propos, il nous promène d’un univers à l’autre avec une passion  égale, tel un cabri qui sauterait de roche en roche au gré de ses promenades, sans se soucier le moins du monde des loups (certains critiques), ou des chasseurs (certains producteurs). Du musical 8 Femmes au dérangeant Swimming Pool, comme du « film d’époque »  Angel  à ce nouveau-né  volatile  Ricky,  bien malin celui  qui  décèlerait,  démontrerait, prouverait sa patte ! Et pourtant… C’est bien là qu’est son charme, en même temps qu’une forme d’agacement chez certains : ce garçon sait tout faire !

 

Sergi Lopez

A commencer par dénicher ce bébé ! Où Ozon a-t-il pu trouver un – vrai – marmot aussi incroyable ?  Dès l’affiche,  dont il  emplit l’espace  de son visage poupin  aux yeux bleu profond, tout autant terrifiants que goguenards, il nous convie  à la fois à nous réjouir et à nous méfier… Ce mioche à peine né ne serait-il pas en train de se moquer de nous, accrochés que nous sommes aux « biens matériels » d’ici-bas,  pour  saisir comme il le fait la moindre occasion de « s’envoyer en l’air », loin de nos niaiseries  terrestres ? Ou bien prend-il seulement les choses du bon côté, faisant de son « handicap » apparent un « avantage » indiscutable ?  A l’instar  du merveilleux  livre de Tom Robins  « Even the cow-girls get the blues » (« Même les cow-girls  ont du vague à l’âme », ed. Baland ndlr), dont l’héroïne , née  avec un énorme pouce droit, décide de faire contre mauvaise fortune bon cœur en devenant championne du monde d’auto-stop, certaine ainsi,  en brandissant son appendice,  d’attirer l’attention…,  ce loupiot ne manque pas d’air !  Ou bien encore, fasciné par les contes de fées, François Ozon rêve-t-il de voler ?

 

Toujours est-il  que le voyage, quel qu’il soit, vaut vraiment la peine de réserver sa place ! Pour peu que vous soyez un brin enclins  à aimer le rêve, à marcher dans la combine et à décoller, ce gamin vous transportera, n’en doutez pas, au Septième Ciel !

Photos Jean-Claude Moireau

 Véronique Blin