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Est-ce le « Syndrome de Stockolm » - étrange et célèbre tendance psychologique attirant la victime vers son bourreau – qui a frappé Cathy (irrésistible Alexandra Lamy) ? Déjà mère d’une petite fille (délicieuse Mélusine Mayance), ouvrière à la chaîne dans une usine de volailles, elle y rencontre Paco (craquant Sergi Lopez), qui l’épouse et lui fait un bébé, lequel opte d’emblée pour l’univers fantastique : affublé dès la naissance d’une minuscule paire d’ailes, il apprend très vite à en faire usage et profiter de cet « attribut » rigolo pour quitter le plancher des vaches quand bon lui semble, c’est-à-dire souvent…

Décidément, François Ozon aime surprendre. Nulle comparaison possible , ni signature lisible dans ses films. Changeant constamment d’époque , de style et de propos, il nous promène d’un univers à l’autre avec une passion égale, tel un cabri qui sauterait de roche en roche au gré de ses promenades, sans se soucier le moins du monde des loups (certains critiques), ou des chasseurs (certains producteurs). Du musical 8 Femmes au dérangeant Swimming Pool, comme du « film d’époque » Angel à ce nouveau-né volatile Ricky, bien malin celui qui décèlerait, démontrerait, prouverait sa patte ! Et pourtant… C’est bien là qu’est son charme, en même temps qu’une forme d’agacement chez certains : ce garçon sait tout faire !

A commencer par dénicher ce bébé ! Où Ozon a-t-il pu trouver un – vrai – marmot aussi incroyable ? Dès l’affiche, dont il emplit l’espace de son visage poupin aux yeux bleu profond, tout autant terrifiants que goguenards, il nous convie à la fois à nous réjouir et à nous méfier… Ce mioche à peine né ne serait-il pas en train de se moquer de nous, accrochés que nous sommes aux « biens matériels » d’ici-bas, pour saisir comme il le fait la moindre occasion de « s’envoyer en l’air », loin de nos niaiseries terrestres ? Ou bien prend-il seulement les choses du bon côté, faisant de son « handicap » apparent un « avantage » indiscutable ? A l’instar du merveilleux livre de Tom Robins « Even the cow-girls get the blues » (« Même les cow-girls ont du vague à l’âme », ed. Baland ndlr), dont l’héroïne , née avec un énorme pouce droit, décide de faire contre mauvaise fortune bon cœur en devenant championne du monde d’auto-stop, certaine ainsi, en brandissant son appendice, d’attirer l’attention…, ce loupiot ne manque pas d’air ! Ou bien encore, fasciné par les contes de fées, François Ozon rêve-t-il de voler ?
Toujours est-il que le voyage, quel qu’il soit, vaut vraiment la peine de réserver sa place ! Pour peu que vous soyez un brin enclins à aimer le rêve, à marcher dans la combine et à décoller, ce gamin vous transportera, n’en doutez pas, au Septième Ciel !
Véronique Blin