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Vacances policières

C’est compliqué… comme toujours chez Chabrol. Surtout lorsqu’il imbrique, inextricablement mêlées, intrigue policière et vie familiale. Bellamy ne déroge pas à la règle : le grand investigateur troublant du cinéma français nous offre une nouvelle fois les deux en pâture. A nous de nous débrouiller avec le peu d’infos qu’exprès, il nous donne, si ce n’est son incomparable et fin talent d’analyste des atermoiements du milieu bourgeois. Et c’est beaucoup.
Soit un commissaire sensé être en vacances, Paul Bellamy (colossal Gérard Depardieu dans tous les sens du terme), dans la maison familiale de sa douce et charmante épouse Françoise (très touchante et juste Marie Bunel). Viennent simultanément troubler sa quiétude estivale, son demi-frère Jacques, bon à rien oisif et alcoolo notoire (toujours fantastique Clovis Cornillac), ainsi que les étranges et réitérées visites d’un cinglé local (génial Gamblin), qui tient absolument à s’accuser d’un crime, sans jamais livrer le nom de sa victime, ni les raisons de son forfait. Jacques est jaloux du bonheur conjugal apparent qu’affichent Paul et Françoise ; le visiteur intempestif est inquiétant ; sous sa visible tranquillité, Françoise semble cacher bien des tourments… Quant à Paul, il préfère les mots croisés aux croisières dont rêve sa femme… A moins, bien sûr, de se remettre au boulot !

Première du genre, la rencontre entre Chabrol et Depardieu est inouïe ! A se demander s’il est vraiment possible qu’ils n’aient encore jamais travaillé ensemble ! Ne serait-ce que quand on connaît leur goût commun pour notre gastronomie nationale et la qualité de ses vins… Qui n’a entendu parler des célèbres « cantines » de tournage chabroliennes ? Difficile d’imaginer qu’ils ne se soient nullement croisés autour de quelque bonne table française !
Au-delà de cette surprenante non « mise en bouche » partagée, l’adéquation entre le ton du film et le jeu de l’acteur est prodigieuse ! Les autres protagonistes ne sont pas en reste et ajoutent leur propre sel à ce régal : Jacques Gamblin, qui avait pourtant l’occasion d’en faire ici des tonnes, fait juste ce qu’il faut pour être terrifiant ; fluide Marie Bunel, à la fois touchante et incertaine, nous comble d’émotion. Quant à Clovis Cornillac, les parts d’ombre et de fragilité qu’il rend visibles sous la colère initiale, confirment une fois de plus l’immense talent de ce comédien hors pair.

Il y a cinquante ans, Claude Chabrol emportait l’Ours d’Or berlinois pour Les Cousins. Cette année, la « Caméra de la Berlinale » lui a été remise pour fêter cet anniversaire, en même temps qu’il nous offrait les délicieux frissons de son très troublant nouveau-né.
Véronique Blin