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59. Internationale Filmfestspiele

Le Bilan

Tommy Lee Jones dans The Electric Mist

Woody Arrelson dans The Messenger

Krystyna Janda et Jan Englert dans Tatarak

Gigante

Birgit Minichmayr et Lars Eidinger dans Alle Anderen

Ricky

Brenda Blethyn et Sotigui Kouyate dans London River

Trine Dyrholm dans The Little Soldier

Hilda Péter et son fils dans Katelin Varga

Golshifteh Farahani dans Darbareye Elly (About Elly)

Magaly Solier dans La Teta Asustada (Milk of Sorrow)

Bruno Ganz et Michel Piccoli dans The Dust of Time

Gururi non Koto (All Around Us)

 La déception est le sentiment dominant de cette 59e édition du 2e plus grand Festival de Cinéma au monde, après Cannes. Chaque année en effet – la vingt-cinquième  cette fois - , nous quittions les rivages de la Spree, jolie rivière qui serpente à travers la capitale allemande,  les yeux encore embués et le cœur débordant d’émotions  diverses, emportant dans notre gibecière journalistique   le choc pérenne d’au moins cinq films de la compétition, incontournables  et irréductibles  à un chiffre inférieur, qui nous avaient littéralement cloués sur place.

Cette année, rien d’équivalent. Il fallut attendre plusieurs jours  et l’agacement justifié  par l’enchaînement lamentable  de nombre de navets avérés, à peine dignes  de séries télé d’on ne saurait dire quelle  zone et dont on était en droit de se demander ce qu’ils fichaient en compétition,  pour voir – enfin ! -  surgir de nulle part, quelques objets rares du plus grand intérêt.

A commencer par le très « fantastique » In the Electric Mist (Dans la brume électrique) de Bertrand Tavernier, lequel repartira les mains injustement vides, qui nous conduit, dans les pas du formidable Tommy Lee Jones, sur les traces d’un étrange voyage mémoriel, entre esclavage et Guerre de Secession.

Pour suivre avec The Messenger (Le Messager)  de l’américain Oren Moverman, qui devra se contenter de l’Ours d’Argent du meilleur  scénario quand il méritait nettement mieux, dressant le portrait drastique  et fascinant  d’un rôle militaire  habituellement  passé sous silence  et pourtant oh combien important : celui  de l’officier  chargé d’annoncer aux proches  le décès d’un soldat  mort en mission,  en l’occurrence en Irak.

Enfin, à l’issue  du Festival,  lors de la toute dernière projection de presse, le bonheur  tant de fois réitéré  du superbe nouveau film  d’Andrzej Wajda  Tatarak (Sweet Rush),  qui se voit curieusement octroyé le Prix Alfred Bauer pour la « particulière  innovation »  de son cinéma… ex aequo avec Gigante de l’uruguayen  Adrian Biniez,  lequel se retrouve du reste à tous les niveaux  du palmarès : meilleur  premier film (va pour « l’innovation » !),  Grand Prix du Jury ex æquo avec le film allemand Alle Anderen (Tous les Autres) de Maren Ade, que nous avons peu apprécié… , sans parler des prix  indépendants.

  Il n’empêche : quand on connaît  l’éblouissante  et inimitable  signature  du grand cinéaste polonais  Wajda,  on ne peut que s’étonner d’un tel « lot de consolation »…

Intercalées entre ces trois « bijoux » à nos yeux indiscutables,   quelques rares et bonnes « surprises » :  nous avons aimé le bébé volant de François Ozon Ricky ; été émus par le charme puissant de London River de Rachid Bouchareb ; touchés par l’âpreté  du Little soldier  de la danoise Annette K.Olesen ; bouleversés par la vérité nue de Katalin Varga, du britannique  Peter Strickland, en co-production roumaine et hongroise.

Seul Prix justifié  selon nous : la très élégante mise en scène de Darbareye Elly (A propos d’Elly) de l’iranien  Asghar Farhadi. Entre bord de mer et huis clos dramatique  au sein des murs d’une villa  de vacances, le portrait de cette famille iranienne  aisée frappée de plein fouet par le deuil soudain d’une des leurs, est remarquable.

A cette exception près, comme on le voit, le Palmarès reflète peu notre analyse… Quant à La Teta Asustada (The milk of sorrow) , de la péruvienne Claudia Llosa, qui décroche la récompense suprême, est-ce l’effet d’annonce  de la première entrée du Pérou dans la compétition  berlinoise  qui a incité  le Jury à lui prêter une attention particulière ?  Est-ce l’aspect documentaire - très réussi - sur les coutumes matrimoniales  méconnues de ce pays, qui a éveillé  leur curiosité ? Est-ce cette étrange histoire de pomme de terre dans le vagin, comme unique  et radicale  protection des femmes contre les violeurs potentiels,  qui a emporté leurs suffrages ? Est-ce que ce film méritait vraiment l’Ours d’Or ? La question reste ouverte…

Heureusement, il y eut, comme d’habitude,  d’autres bonheurs dans les sections parallèles,  ou bien dans la Sélection Officielle, mais hors compétition, tel le nouvel opus de notre cinéaste grec préféré, Théo Angelopoulos  et son éblouissant  I Skoni Tou Chronou (The Dust of Time), première tentative du réalisateur de mêler dans une même chronique le passé, le présent et l’avenir, autour du personnage  d’Eleni,  admirablement interprété par Irène Jacob, entourée d’acteurs prestigieux  tels que Bruno Ganz, Willem  Dafoe et Michel  Piccoli. Un régal.

Ne manquez pas le voyage que vous propose Heike Hurst au cœur du Forum, notre chouchou ; ni ceux d’Anne-Christine  Loranger au sein des conférences de presse de la 59e Berlinale, ou bien encore témoin du cinéma canadien à Berlin . Quant à la section  Panorama, fleuron berlinois,  nous avons terminé le Festival en beauté par une petite merveille  japonaise, d’une rare sensibilité :  Gururi No Koto (All around us), de Ryosuke  Hashigushi.  J’en ai encore les larmes aux yeux…

Promis, l’année prochaine, nous vous assurons un grand reportage sur Talent Campus, formidable  creuset de jeunes réalisateurs de demain, venus du monde entier, qui présentent leurs touts premiers travaux à Berlin. Une expérience passionnante.

Une fois n’est pas coutume : certes, nous repartons déçus,  mais confiants dans l’avenir. Gageons  que la prochaine  Sélection  sera irréprochable  et que  Berlin pourra ainsi  rester notre Festival  préféré ! Mais attention à la baisse de qualité !  A la longue, ça peut lasser…

 

Véronique Blin