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Rachid Bouchareb a attendu un an pour pouvoir réunir les acteurs Brenda Blethyn et Sotigui Kouyate. C’est peut-être cette patience quasi amoureuse qui donne à London River sa puissance et sa force. Bouchareb a non seulement encouragé ses acteurs à improviser, il a aussi laissé la caméra tourner une fois les scènes terminées, laissant les acteurs jouer leurs personnages, nus dans l’espace. « Je ne voulais pas d’une performance d’acteur. J’ai dit à Brenda et à Sotigui ‘Peut-être que le film, pour moi, commence après le dialogue’. Et il y a eu des moments dans le film où, effectivement, c’est après le dialogue, après la fin d’une scène, qu’il y a eu un espace, une minute, parfois deux… Un mot, une respiration, un mouvement... Au montage, j’ai parfois pris le silence d’après, le mouvement d’après, ce qui s’y passe. Ce moment où les acteurs oublient d’être acteurs.»

Brenda Blethyn
Dans le but d’amener cette vérité, les acteurs ne tournaient qu’une prise, rarement deux, ce qui constituait un véritable défi. « Il nous fallait trouver et maintenir la vérité de ce que nous étions », explique Brenda Blethyn, « trouver la chimie de l’émotion du personnage. C’était difficile pour moi parce que je devais improviser en français, langue que je ne parle pas et que j’ai dû apprendre. En plus, je connaissais déjà toute l’histoire et je devais trouver comment jouer précisément ce que mon personnage découvrait sur la situation de sa fille.»
Film centré sur la tolérance et la découverte d’un autre finalement pas si différent, le réalisateur et l’actrice de London River trouvent tout de même difficile d’expliquer ce qu’est la tolérance, dans un monde pétri de son contraire, mais où tous se disent tolérants. « Selon moi », exprime l’actrice britannique, « la tolérance c’est de comprendre les motivations des gens, ce qui fait qu’ils agissent comme ils le font (…) Quand Elizabeth apprend que sa fille est morte, elle repousse Ousmane, elle le blâme, sa fille est morte à cause de son fils à lui. Puis, à la toute fin, elle le prend dans ses bras, mentalement et physiquement. »

Brenda Blethyn et Sotigui Kouyate
Rachid Bouchareb, lui, cherche à élargir ce passage à travers le mur du blâme dans une perspective plus vaste. «C’est difficile de mettre la tolérance en pratique. Est-ce que l’on peut tolérer un quartier musulman avec des mosquées à Londres, après les événements qui se sont passés partout dans le monde ? Jusqu’où peut-on accepter tout cela ? Faut-il envoyer 300 policiers dans Londres pour contrôler une petite rue qui fait 500 mètres de long ?» Même si on oublie la dimension politique et la forme de répression d’un état, selon Bouchareb, la question du vivre ensemble est cruciale, ne serait-ce que dans un immeuble. «Je le vois dans les banlieues parisiennes, ou même dans des villes comme Paris et ailleurs. Jusqu’où on peut-on tolérer un Président black comme Obama ? La question se pose là aussi. Et, parfois, on a des surprises. La tolérance peut remplir tout plein d’actes qu’on fait tous les jours, dans le quotidien. Ne serait-ce que dans l’éducation des enfants. Qu’est-ce qu’on peut tolérer et jusqu’où ?»
Propos recueillis par Anne-Christine Loranger pour Intercineth.com