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Le Cinéma Canadien à la 59e Berlinale

 

Si le Canada ne présentait pas de film en Compétition officielle cette année, il en présentait en revanche dans les sections Panorama, Forum et dans la section Generation Kplus, sans compter quelques courts métrages et événements spéciaux. Les réalisateurs canadiens y ont à nouveau prouvé leur talent : Philippe Fardeau a remporté  l’Ours de cristal et  le Prix de la Deutsche Kindershilfwerk pour son hilarant C’est pas moi je le jure! (Generation Kplus) et John Greyson le Prix Teddy du meilleur film d’essai pour Fig Trees, phénoménal documentaire portant sur deux militants engagés dans la lutte contre le SIDA. N’oublions pas de mentionner l’excellent High Life de Gary Yates, sur quatre compères qui cherchent à abuser de la technologie néolibérale et L’encerclement de Richard Brouillette, qui nous explique les tenants et aboutissants de sa conquête du monde.

 

Section Panorama

Fig Trees , de John Greyson

SIDA, Stein et sainteté

Prix Teddy du meilleur Film d’Essai

John Greyson

À la fois film d’art, opéra et documentaire sur la trajectoire de deux militants du mouvement anti-sida, le film de John Greyson défie toute classification. Le réalisateur de Zero Patience entrecoupe interviews et images d’archives portant  sur le sud-africain Zackie Achmat  et le Canadien Tim McCaskell, deux sidéens homosexuels luttant pour la libre disposition des médicaments du SIDA. Les luttes acharnées de ces deux militants leur ont donné une aura de sainteté que le réalisateur relie à une intrigue surréaliste  centrée autour de Gertrude Stein, accompagnée des explications et chants d’un écureuil albinos et de Sainte-Thérèse d’Avila.  John Greyson prend des chemins détournés et use d’une cinématographie époustouflante pour faire passer son message : les médicaments du SIDA sauvent des vies et leur libre disposition est essentielle, au Nord comme au Sud. Une pure fascination !

 

High Life, de Gary Yates

Une tragi-comédie impeccablement maîtrisée

Gary Yates

L’un des jeunes réalisateurs les plus brillants de la nouvelle génération du cinéma canadien, Gary Yates présente ici un film haut en couleurs et impeccablement maîtrisé. Au milieu des années 80, quatre compères drogués qui ont passé pas mal de temps en prison, décident de dévaliser l’un de ces nouveaux guichets automatiques qui sont installés partout.  Mais le plan déraille grâce à une guichetière retorse et Dick (excellent Timothy Oliphant), le chef de la bande, se retrouve à tenter de ramasser les pots cassés par Bug (Stephen McIntyre, formidable) et ses deux autres comparses, le séduisant Billy (Rossif Sutherland, parfait) et le malingre Donnie (Joe Anderson).

Yates, déjà célébré en 2004 à Sundance pour Seven times lucky, fait montre d’une brillante direction d’acteurs et d’une grande finesse cinématographique, mêlant surréalismes et humour, faisant cavaler ses protagonistes d’un tour du destin à l’autre. On adore!  

 

Generation Kplus

C’est pas moi je le jure! de Philippe Falardeau

Ours de Cristal du meilleur Film  et Prix de la Deutsche Kinderhilfwerk

Quel amour d’enfant !

Philippe Falardeau

C’est 1968, il fait beau, et Léon a encore essayé de se suicider. La pendaison, cette fois. Comme toujours, sa mère l’a sauvé juste à temps. L’année dernière, il avait essayé à la piscine et l’année d’avant, le congélo. À dix ans, Léon, en plus d’avoir trop d’imagination, a une panoplie de problèmes, des parents qui se disputent sans arrêt et des voisins horripilants. Sans compter Léa, sa petite copine… C’est alors que sa maman quitte la famille pour aller refaire sa vie en Grèce. Et zut! Tant qu’à vivre une vie merdique, autant la prendre en main et la mener à fond de train!

Léon c’est non seulement la vengeance de tous les enfants face aux finasseries du monde adulte, mais aussi l’histoire d’un enfant qui prend en charge sa propre implosion.  À noter que les rires dans la salle de quatre mille enfants se sont poursuivis du début à la fin du film que les applaudissements ont duré tout le générique.

 

 

Section Forum

L’Encerclement, de  Richard Brouillette

Du néo-libéralisme et de sa propagande

Richard Brouillette

L’idéologie néo-libérale est sur la sellette dans ce fort intelligent documentaire du jeune québécois Richard Brouillette, qui a mis douze ans à le réaliser.  Depuis la chute du Mur, le néo-libéralisme est devenu l’air qu’on respire. Ses adhérents prêchent la libéralisation à tout cran, la privatisation et la réduction des fonctions de l’État. Mais d’où vient cette idéologie, qui la promeut, qui la répand ? Quels sont ces fameux Think tanks dont on nous rebat les oreilles, sans révéler qui les finance ? Présenté sous forme d’entretiens avec des adhérents du néo-libéralisme, ainsi qu’avec différents chercheurs et intellectuels qui décortiquent la pensée néo-libérale (dont Ignacio Ramonet et Noam Chomsky), et entrecoupé de textes qui en précisent l’argumentation, L’encerclement est un bijou de rigueur et d’intelligence. À l’heure de la débâcle de Wall Street, à l’heure où les banquiers jouent le rôle des méchants jusque dans les films d’ouverture de Festivals internationaux, il est devenu essentiel de comprendre la source de leur pouvoir. Un film à voir et à revoir.   

 

Letters to the President, de Petr Lom

Comprendre l’Iran

Petr Lom

Si Mahmoud Ahmadinejad fait frissonner l’Occident, plus de dix millions d’Iraniens lui envoient des lettres chaque année, dans l’espoir que leur Président saura régler leurs problèmes individuels.  Chacun, en Iran, connaît au moins une personne à qui le bureau gouvernemental chargé du traitement des lettres, a répondu. Le film de Petr Lom est uniquement constitué d’entrevues prises sur le vif avec des Iraniens dans les rues, à leurs portes, dans les jardins, dans les cafés.  Il y a ceux qui aiment Ahmadijejad, ceux qui le contestent, ceux qui se contredisent trois fois dans la même phrase, ceux qui parlent derrière leur porte par crainte des représailles et ceux qui n’ont peur de rien. Des dizaines de témoignages qui tracent, bien plus qu’aucune analyse, un portrait contrasté de l’un des hommes les plus aimés et les plus craints de la planète.

 

Courts métrages

The island , de Trevor Anderson

Frais et gay

Trevor Anderson

Trevor Anderson reçoit un jour une lettre proposant d’envoyer tous les homosexuels sur une île pour qu’ils se contaminent les uns les autres du SIDA.  Il se met donc en marche sur la surface glacée de Cold Lake, au Canada, et imagine cette île sous forme de happy end gay. Une réflexion sous forme de film d’animation désopilant et loufoque.

 

 

 

Forum Expanded

Culture Shock Program, de Bear Witness, Keesic Douglas, Darryl Nepinak, Bonnie Devine

Héros infantiles…

Peu de cultures sont aussi populaires en Allemagne que celle des Indiens d’Amérique ou Premières Nations. Ceci à cause d’un auteur allemand, Karl May, qui, sans être jamais allé en Amérique, a écrit des dizaines de romans d’aventures pour enfants dans lesquels l’Indien était toujours dépeint comme le bon ami des bons blancs, un être héroïque et noble, pur et sans tache.

Mais que pensent les vrais Indiens de ce tableau? Quatre cinéastes membres des Premières Nations explorent, sous forme de courts-métrages, leur perception du monde idyllique de Karl May, jouent sur les clichés, s’amusent et nous interpellent. Parce que la perte de la culture n’est pas toujours là où on pense et que les bons sentiments peuvent engendrer l’infantilisation…

 

Anne-Christine Loranger