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De Asghar Farhadi
Avec Golshifteh Farahani, Taraneh Alidousti, Mani Haghighi

Au cinéma, il est peu coutumier de voir exposée à l’écran la vie quotidienne iranienne autrement que misérable, oppressante, difficile, placée sous l’égide d’un régime autoritaire et religieux très strict, voire intégriste. Il n’est que de voir les – très beaux et poignants - films d’Abbas Kiarostami pour constater, notamment dans les banlieues/bidonvilles de Téhéran, l’oppression des femmes – très – voilées par des maris – trop – suspicieux ; la difficulté de trouver un travail décent, voire tout simplement de se nourrir… Cet Iran-là existe aussi…
L’iranien Agshar Farhadi, qui vient d’obtenir à Berlin le Prix de la Mise en Scène ( rêve suprême de tout réalisateur), a pris le parti exactement inverse : en nous montrant une famille aisée partant en vacances au bord de la mer avec quelques amis chers, dans une belle villa sise à même la plage, il donne un salutaire coup de pied aux idées reçues, aux jugements hâtifs et à la malencontreuse manie « occidentale » de prendre pour argent comptant des préjugés stéréotypés, bien souvent divulgués par des politiciens avides de pointer du doigt des « différences » jugées indignes, dans le seul but d’asseoir le « mieux-être » des pays dits de l’ouest.
Ici, les voiles/prison se font foulards légers balayés par le vent, négligemment jetés sur des chevelures magnifiques parfaitement visibles ; les visages maquillés offrent à qui veut les voir des regards et des bouches splendides. En deux mots, les femmes sont belles et les hommes en sont fiers.

Le choix du cinéaste est d’autant plus probant lorsque, au cœur de ce charme apparent, où l’on assiste à des pic-nics joyeux pour lesquels chacun rivalise d’ingéniosité dans la confection des plats, tandis que les enfants s’égayent alentour, il fait soudain surgir le drame. Lequel remet brutalement les simples choses de la vie à leur juste place : face à la douleur et au chagrin, tous les habitants de la planète se ressemblent. Il n’est plus de milieu social ou religieux qui tienne ; la souffrance est la même pour tout le monde…
Soit Elly, jeune institutrice amie de la famille, jouant au cerf-volant avec les enfants sur la plage. Soit le dessein secret des membres de ladite famille, de lui faire rencontrer Ahmad, fils aîné tout juste divorcé, de retour d’Allemagne. Le deuxième jour des vacances, avant l’arrivée du fils prodigue, Elly disparaît…

S’installe alors une alternance étonnante entre plans séquences fébriles en huis-clos à l’intérieur de la maison, où l’inquiétude et l’agitation deviennent palpables, tandis que dehors, au contraire, la caméra de Farhadi s’attarde, presque immobile, sur la plage, ou bien scrute l’horizon, point d’ancrage de l’angoisse qui croît.
Lorsque Ahmad, enfin, arrive, sa voiture s’enlise dans le sable mouillé, au bord de l’eau. En dépit des efforts conjoints de tous pour extraire le véhicule de son piège de boue, les roues patinent et rien n’y fait, alors que la mer monte…

Cette métaphore constante, opposant le calme apparent de la mer - pourtant sans doute à l’origine du drame - au chaos qui règne entre les murs de la villa, où l’affolement est général, fait du film de Asghar Farhadi une ode magnifique à l’inéluctabilité d’un destin, à la vanité de vouloir en changer le cours, à la modestie qui devrait être la nôtre face aux choses de la vie, dont beaucoup nous échappent, mais dont tant d’autres nous portent.
Valeur universelle, tous pays confondus : le partage. Seul vrai vainqueur de cette histoire-là : la mer, toujours recommencée…