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d’après le roman de James Lee Burke

« Si vous trouvez un homme noir mort, les autres noirs sont déjà au courant ». Celui qui parle ainsi est ce vieil homme noir de New Ibéria en Louisiane et véritable socle du nouveau film de Bertrand Tavernier. Roi de l’ellipse pour éviter les questions qui fâchent, c’est lui encore qui répond au détective Dave Robicheaux (toujours génial Tommy Lee Jones), l’interrogeant sur le passé de cette région, ravivant des souvenirs anciens touchant sa propre famille : « Je dois aller cuire mes haricots, maintenant ». Personnage fondateur du roman de James Lee Burke dont s’inspire le réalisateur, mémoire vivante de douleurs guerrières et raciales occultées par l’Histoire, c’est lui toujours le témoin et le Sage, celui qui sait et qui se tait, vers lequel convergent tous les questionnements du récit.
Admirateur passionné depuis toujours de cet auteur américain de romans noirs, Tavernier s’empare à bras le corps et le cœur grand ouvert de cette enquête scabreuse sur une série de meurtres de femmes particulièrement odieux, sans doute perpétrés par un « serial killer » animé de bien étranges obsessions… Refaisant le chemin à l’envers, Robicheaux se heurte à son propre passé, celui de sa famille, issue de l’esclavage et des terribles séquelles de la guerre fratricide, dite « de Sécession » , qui coupa l’Amérique du Nord en deux…
Américanophile avéré, non seulement de sa littérature, mais aussi, bien sûr, de son cinéma, notre cher cinéaste a évidemment saisi le prétexte d’un film en train de se tourner dans la région par le très hollywoodien Elrod T. Sykes (Peter Sarsgaard), pour dérouler l’enquête du détective qui le mènera vers le caïd local du crime, « Baby Feet » Balboni (colossal et magistral John Goodman) .

Bertrand Tavernier
Entre cinéma fantastique, poétique et réalisme politique, Dans la brume électrique vous électrisera, sans aucun doute. Laissez-vous porter par la caméra magnifique de Bertrand Tavernier. L’ « ami américain » vous le rendra bien. Profitez-en pour dévorer son « petit » livre de plus de 900 pages rassemblant bon nombre des entretiens qu’il a réalisé avec ses amis d’outre-Atlantique. Des « Amis américains »(1) ? Il en a plein ! Ca s’entend, ça se voit et ça lui va si bien !
Véronique Blin
(1) – Amis américains, Institut Lumière/Actes Sud. 996 pages, 2 index de 4.500 entrées, 800 photos, 5 kg.