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Claudia Llosa
Intercineth (à Magaly Solier) : Merci pour ce très beau film, très émouvant et d’une intelligence très raffinée. Le «lait de la douleur» est-il une véritable maladie au Pérou? Si oui, y a-t-il de l’aide pour les femmes et les enfants qui en souffrent ?
Magaly Solier : C’est un mal qui est appelé ainsi dans la connaissance populaire. Il y a des témoignages et des recherches qui ont été effectuées sur ce mal. Ce nom «Le lait de la douleur» est une façon imagée d’appeler quelque chose, une souffrance, qui est transmise d’une génération à l’autre. C’est une véritable maladie. Il y a toutes sortes de traitements et surtout certains rituels chamanistiques. Cependant, il existe de véritables efforts de la part des autorités pour amener les femmes à parler de leur expérience (viol et violence), même si cela reste encore embryonnaire, étant donné que les gens doivent souvent se battre pour prouver leur existence. Quand un corps est enterré, il n’existe plus pour le gouvernement péruvien, ce qui complique beaucoup les choses pour les survivants.

Tom Tykwer
Intercineth (à Tom Tykwer) : Il existe une étonnante ressemblance physique entre vous et Clive Owen (grand rire de Tykwer et Owen) Vous êtes-vous incarné dans ce personnage ? Tom Tykwer s’est-il mis à l’assaut des banques ?
Tom Tykwer : On m’a aussi dit qu’il y avait une ressemblance entre moi et l’acteur de mon précédent film Le Parfum et ce n’est pas du tout un personnage qui me ressemble ! Dans ce film . Il est vrai que je ressemble davantage au personnage pour des raisons d’ordre moral. C’est peut-être un choix inconscient. Je tiens à ajouter que je n’affirme pas que les banques soient mauvaises. Nous parlons ici de certaines banques et de certains individus qui sont monstrueux et je crois que nous devons nous confronter nous-mêmes avec le système qui a permis à ces banques d’exister.

Ralph Fiennes
Intercineth (à Ralph Fiennes) : Pourquoi Michael ne peut-il entrer en contact avec Hanna? Pourquoi ne la visite-t-il pas, ne lui écrit-il pas, même si elle le lui demande ?
Ralph Fiennes : Il est traumatisé de ce qu’elle a fait. Il désire une certaine forme de communication avec elle, mais seulement dans un sens et seulement de la même façon que ce qu’ils échangeaient quand ils étaient amants, c’est-à-dire par la lecture de livres. Mais pas plus, il ne peut pas. Nous voulions montrer, au fil du temps, l’effet de ces événements, de cette relation sur Michael, l’impact de ce qui a été à la fois une bénédiction et une malédiction pour lui.

Bertrand Tavernier
Intercineth (à Bertrand Tavernier) : Il me semble que si on pouvait résumer le personnage de Dave Robichaux ce serait « le nécessaire et l’inacceptable » de Camus. Pourriez-vous commenter?
Bertrand Tavernier : Oui, c’est une bonne façon de le décrire. Dave Robichaux veut se battre contre l’injustice mais il ne peut pas toujours le faire selon les règles. Il a beaucoup de colère, de rage en lui. C’est un personnage bourré de contradictions. J’aime l’univers de James Lee Burke et j’aime ce personnage qui est un mélange de culpabilité et de courage. Into the electric mist était, soit dit en passant, le roman de Burke que Philippe Noiret préférait. Je voulais dédier ce film à Noiret mais il y a toutes sortes de règles aux États-Unis pour les dédicaces et c’est très compliqué. Cela n’a pas pu se faire, malheureusement.

Intercineth (à Renée Zellweger et à Mark Rendall): Comment comprenez-vous vos personnages. Selon vous, quelles sont leurs motivations, de quelle façon évoluent-ils ?
Mark Rendall : C’est vraiment un personnage qui va où la vie le pousse, sans trop se poser de questions. Il va à l’aventure. Il y a cependant une certaine tristesse masquée en lui, qui se dévoile quand il doit se conduire en homme, quand il prend le revolver qu’il tire pour protéger sa mère. C’est le grand moment de ce personnage.
Renée Zellweger : Ann Devereaux est une femme qui ne connaît pas sa valeur. Elle cherche un homme qui va lui apporter la sécurité et qui va régler tous ses problèmes. Durant le film, elle apprend ce que sont ses valeurs et elle développe avec ses fils le sens de ce que qu’est une véritable famille, l’appartenance à une famille. À la fin, elle sait ce pourquoi elle a envie de se battre, elle connaît ses capacités et elle a développé une indépendance.