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THE MESSENGER (Le Messager)

De Oren Moverman (USA)

Avec Ben Foster, Woody Harrelson, Samantha Morton

 

Prix du meilleur Scénario, Berlin 09

 

Mauvaises nouvelles

 

Quel est au juste ce rôle militaire  méconnu, terrifiant, trop souvent passé sous silence  et pourtant essentiel , que celui de ces officiers des armées du monde, en temps de guerre, chargés d’ « annoncer » aux familles  et proches d’un soldat  en « mission »,  le décès de ce dernier ?

Oren Moverman

Le jeune réalisateur  américain Oren Moverman, déjà co-scénariste  de l’éblouissant  biopic  sur Bob Dylan  I’m not there et récompensé à Berlin pour l’écriture  de The Messenger,  focalise  sa caméra avec une acuité magistrale  sur le cas de William  Montgomery (fascinant  Ben Foster) qui, de retour d’Irak, se voit incomber cette pénible  tâche…Considéré,  à juste titre, comme le pire job de l’armée, ce rôle suppose un entraînement drastique, sur lequel Moverman concentre son analyse,  avec une précision de scalpel , un luxe de détails hallucinant  pour le spectateur, peu au fait de ces pratiques.

Flanqué  de la présence, de l’expérience et des conseils  d’un autre officier, déjà aguerri, voire blasé par la triste besogne (fantastique Woody Harrelson),  « Will » va faire le rude apprentissage  de cet autre « parcours du combattant ». Lequel consiste tout d’abord à le couper du monde, en l’isolant des siens  et, surtout, des sentiments  qu’il leur porte : rupture imposée d’avec sa fiancée,  éloignement de sa famille, entraînement musculaire intensif,  soin extrême de sa personne, de son apparence et de son maintien. But de l’opération : devenir neutre, transparent, inexistant,  sans l’ombre d’une émotion visible,  impeccablement vêtu de l’uniforme  amidonné  et droit dans ses bottes, afin d’ égrener la formule officielle,  d’un ton monocorde et glacé.   Pour compléter ce terrifiant « cahier des charges », une cerise bien noire sur ce gâteau amer : rester, quoiqu’il  arrive, à distance réglementaire  des personnes qu’il vient « visiter », dont le pendant logique  est  l’interdiction  absolue  de se laisser approcher, encore moins « toucher » par lesdites.

Ben Foster et Woody Harrelson

Il le sera pourtant, touché, un jour, par le trop plein  d’émotions accumulées,  rentrées, cachées, au service de sa « cause » : une jeune veuve lui oppose une attitude semblable  à la sienne (étonnante Samantha Morton).  D’apparence froide et indifférente,  elle reçoit la nouvelle  comme un colis postal  banal, s’informant  juste, comme par principe,  de l’heure  et du lieu où son mari est mort. Et lorsque le jeune homme lui propose  d’annoncer lui-même la nouvelle  à son petit garçon, elle décline  simplement la proposition, rentrant chez elle, l’air  absent…

On ne peut imaginer la diversité  des regards, des attitudes, des réactions et autres effondrements des gens auxquels Will  est confronté.  Ni celle  des situations  dans lesquelles  le cinéaste  nous montre ce soldat. Oren Moverman nous les offre toutes, avec un souci de « vérité » hors du commun.

Ben Foster

Grâce à son indéniable  talent  et à la complicité  formidable des deux acteurs principaux,  à laquelle  se joint  la belle  sensibilité  de Samantha Morton, cette « chronique » vertigineuse  d’un métier désavoué, occulté, presque  omis,  acquiert  une force incontournable , dont l’impact  vous creuse l’estomac. Et lorsqu’à  bout de froideur et de retenue, s’ouvrant enfin  à cette femme qui le trouble,  le soldat « tombe » la chemise  sur son torse puissant, on y découvre,  tatouée  sur sa peau, l’esquisse  incandescente  du Sacré-Cœur de Jésus, aux rayons multicolores.  Au-delà  des principes  rigides qui lui ont été inculqués, c’est lui  qui finalement l’emporte. Le cœur a ses raisons…

 Véronique Blin