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ADIEU GARY

De Nassim Amaouche
Avec Jean-Pierre Bacri, Dominique Raymond, Yasmine Belmadi

Sortie le 22 juillet 2009

Un enfant, un ballon à la main, s’approche fasciné d’un homme qui fait des tours avec des pièces de monnaie qui montent, descendent, apparaissent et disparaissent. Ce genre d’intermèdes caractérise le film Adieu Gary, où tous les liens qui se font et se défont, donnent lieu à l’émotion et à l’imprévu. D’emblée, nous sommes sur de bons rails de cinéma. Tout   commence par un long travelling latéral. Au bout du tunnel que nous avons longé un bon moment, une lumière aveuglante interrompt le mouvement et le voyage.

Si le mineur remonte du fond ébloui, submergé par la lumière du jour, nous aussi, nous sommes jetés dans la vie à la sortie du tunnel qui submerge l’écran et nos pupilles. Prétexte pour nous glisser le générique dans la blancheur  de la transition.

Car du travelling lent et abstrait, nous passons au lieu dit concret et à ceux qui vivent à cet endroit : Le Teul en Ardèche, une cité ouvrière abandonnée. De multiples visages et les personnes qui les portent s’incarnent devant nos yeux en un rien de temps. Ils se mettent à exister sans peine et même dans la joie et la bonne humeur. La confrontation est directe : Ils entrent d’autant plus facilement dans nos cœurs et nos yeux qu’ils ont toutes et tous leur spécificité, leur petite mélodie particulière.

Une ouverture réussie pour un premier film primé à Cannes dans le cadre de La Semaine de la Critique. Nassim Amaouche n’est pas un inconnu. Le court métrage De l’autre côté travaillait déjà l’écart entre les émotions ressenties et le réel subi, ou comment un fils peut voler au secours de son père qui ne maîtrise pas tous les codes de la société et son langage. Puis  Quelques miettes pour les oiseaux (moyen métrage), tourné à la frontière entre la Jordanie et l’Irak, posait des questions douloureuses et laissait les réponses en suspens.

Adieu Gary n’offre pas seulement plusieurs pistes de lecture, il raconte aussi plusieurs histoires. Celle des gens restés dans une cité ouvrière désaffecté ; celle d’un père et de ses deux fils, entre orgueil adolescent blessé et désir de partir au bled. En tous cas, les personnes qu’on nous présente sont des gens en mouvement. La voisine et son fils mutique qui rêve au père idéal : un Gary Cooper par exemple.  Et puis une foule de personnages qui se mettent à exister par petites touches poétiques. Une fierté ouvrière inaliénable, racontée par défaut jusqu’à ce que le ronflement d’un moteur réveille la cité endormie.

Des éclats poétiques et la pudeur familiale fournissent les points forts du film, porté par un Jean-Pierre Bacri qui a rarement été aussi émouvant, une Dominique Rémond au sommet de son art. Les jeunes Yasmine Belmadi et Sabrina Ouazani, forts de leur capital, leurs corps jeunes et aimants, ne sont pas en reste, dont le jeu est rythmé par  la musique envoûtante du film. Le film se termine par une suite de plans coupés sèchement, alors que les enchaînements restent mystérieux. De la complicité père fils retrouvée (grattant ensemble des cylindres et se lavant les mains), on passe à un gros plan sur un visage et les ablutions pour revenir par un travelling vers les gens qui vont tous entrer dans une « Maison du Peuple » reconvertie. La fin donne à réfléchir. Ambivalences et interrogations : l’usine ou la mosquée ? Fermeture ou ouverture ? En tous cas, nous sommes ici solidement ancrés dans le présent, confrontés aux tiraillements d’ idéologies contrastées .

Heike Hurst