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Madame la Ministre de la Culture l’a dit, lors de l’ultime « Montée des Marches » pour la Cérémonie de Clôture : « C’est un très bon cru ; le Festival s’est recentré sur le cinéma ». Dont acte. Courez vite dans les salles dès leur sortie : de très beaux films cannois vous y attendent.
Un peu plus tard et sur la vaste scène du Grand Théâtre Lumière , la belle Isabelle Présidente, avant d’énoncer le verdict tant attendu, nous a confié : « Pendant ces douze jours où le monde entier se tourne vers Cannes, je me suis dit deux choses : Vivement que ça s’arrête… et… Pourvu que ça continue ! ». C’est bien parti pour… Le cinéma « en marche(s) » ne semble nullement disposé à cesser de les gravir…
… Mais où est donc passé Elia Suleiman ? Son nouveau chef-d’œuvre, The time that remains (Le temps qui reste), que l’on espérait sur la plus haute marche du podium, en tout cas sur l’une d’entre elles, a totalement sombré dans les oubliettes cannoises… Rien, il n’a rien eu… Mystère, tristesse et sidération… Peut-être eût-il fallu une Intervention Divine ?
Si la stupeur le dispute à la colère, cette dernière n’est en rien comparable à celle de l’an passé, qui vit Valse avec Bashir si scandaleusement privé de toute récompense, quand bon nombre d’autres Prix, dont la Palme à Entre les Murs, étaient plus que discutables…

Cette année, il n’en va pas de même. Car si l’on peut certes s’indigner de cette absence majeure, ainsi que de l’omission étrange au palmarès du superbe et onirique dixième film de Tsai Ming-Liang , Visage, avec une Laetitia Casta éblouissante et un jeune cerf déambulant dans le jardin des Tuileries, entre fontaine, miroirs et arbres peints, six grands bonheurs primés sont venus chasser l’amertume qui pouvait poindre. A commencer, justement, par cette Palme d’Or, très justement attribuée à Michael Haneke pour Le Ruban Blanc (Die Weisse Band). Quoique, encore une fois, Suleiman…

Outre cette Palme, méritée, cinq autres Prix gagnent nos sufrages et notre adhésion, celui du Jury en tête. Accorder son « coup de cœur » au film « coup de poing », ouvreur de la compétition, Fish Tank d’Andrea Arnold (ex-aequo avec Thirst, ceci est mon sang, de Park Chan-Wook), quand tant d’autres « pointures » attendaient leur heure, en faction derrière lui, relève de la gageure. Ce poignant « pied à l’étrier » leur est resté en mémoire ; dans la nôtre aussi. Nous y avions d’emblée vu un très crédible Prix d’Interprétation Féminine pour l’incroyable prestation de la jeune Katie Jarvis. Mauvaise pioche ! C’est Charlotte Gainsbourg qui l’a empoché, pour la sienne, dans le très controversé AntiChrist de Lars Von Trier. .

Son pendant Masculin, en revanche, nous réjouit totalement : l’acteur autrichien Christoph Waltz, jusqu’alors majoritairement cantonné aux seconds rôles des séries télévisées germaniques, fait littéralement « exploser », à lui tout seul, le dernier opus du pourtant génial Quentin Tarantino, Inglorious Basterds. Osons le dire : sans Waltz, le film n’existe pas. Ce Prix d’Interprétation, qui lui revient de plein droit, nous l’avions tout d’abord attribué à Tahar Rahim, le sidérant interprète et véritable révélation du Festival dans Un Prophète de Jacques Audiard, projeté en première semaine. L’arrivée plus tardive d’Inglorious Basterds dans le calendrier de la compétition a bouleversé cette certitude antérieure : Waltz n’enlève rien au talent inouï de Rahim ; même d’une courte tête, il l’a cependant devancé.

La raison en est simple, à nos yeux : c’est Christoph Waltz qui fait exister le film de Tarantino, tandis que Un Prophète existe par lui-même et le mérite en revient entièrement à son auteur, Audiard. Lequel repart, du reste, légitimement couronné de la distinction unique, spécifiquement attribuée pour cette 62e édition cannoise : le Grand Prix . Son film a marqué les esprits pour longtemps ; pour le même motif d’ordre calendaire, outre le Prix d’Interprétation Masculine pour Tahar, nous lui avions aussi décerné la Palme d’Or… Jusqu’à ce que, en toute fin de parcours, soudain, Suleiman…

Enfin, deux merveilles viennent parachever notre contentement : la Caméra d’Or et le Prix Un Certain Regard . Le premier film de l’australien Warwick Thornton, Samson and Delilah, est un pur régal de lumière, de chaleur et de tendresse, dans un cadre d’apparence hostile. Film quasi muet, tout s’y passe, en pleine poussière, entre regards et mouvements, entre « graine de violence » et « raisins de la colère », entre « guerre et paix ». Une fois n’est pas coutume : ce n’est pas La Semaine de la Critique - défricheuse pourtant avérée de premières œuvres remarquables - qui a déniché, cette année, ce bijou fort justement primé. Mais elle en a tant à son actif qu’elle peut bien, parfois, « passer la main » !

Quant aux Chats Persans, de l’iranien Bahman Ghobadi, l’histoire – très – drôle de ce groupe musical underground en formation, bravant l’autorité répressive en place à téhéran pour pouvoir un jour réaliser son rêve de jouer à ciel ouvert, sans se cacher, « lève le voile » avec humour et passion sur un pan de la vie quotidienne d’une jeunesse iranienne en devenir, dont la plupart d’entre nous ignore tout.

A deux regrets près, vous l’aurez compris, Intercineth est plutôt satisfait du palmarès cannois 2009. Mais tout de même, ce serait bien, l’année prochaine…ou bientôt…s’il revient…enfin…Suleiman !
Véronique Blin