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BILAN du 62e FESTIVAL de CANNES

 

Au Palmarès,  deux grands absents  et six grands bonheurs

 

 Madame la Ministre de la Culture l’a dit, lors de l’ultime « Montée des Marches » pour la Cérémonie de Clôture : « C’est un très bon cru ; le Festival s’est recentré sur le cinéma ». Dont acte. Courez vite dans les salles dès leur sortie : de très beaux films cannois vous y attendent.

Un peu plus tard et sur la vaste scène du Grand Théâtre Lumière , la belle Isabelle Présidente, avant d’énoncer le verdict tant attendu, nous a confié : « Pendant ces douze jours où le monde entier se tourne vers Cannes, je me suis dit deux choses : Vivement que ça s’arrête…  et… Pourvu que ça continue ! ».  C’est bien parti  pour… Le cinéma « en marche(s) »  ne semble nullement disposé à cesser de les gravir…

 

Elia Suleiman

… Mais où est donc passé Elia Suleiman ? Son nouveau chef-d’œuvre, The time that remains (Le temps qui reste), que l’on espérait  sur la plus haute marche du podium, en tout cas sur l’une d’entre elles, a totalement sombré dans les oubliettes cannoises… Rien, il n’a rien eu… Mystère, tristesse et sidération… Peut-être  eût-il fallu une  Intervention  Divine ?

Si la stupeur le dispute à la colère, cette  dernière n’est en rien comparable à celle de l’an passé, qui vit  Valse avec Bashir  si scandaleusement privé  de toute récompense, quand bon nombre d’autres Prix, dont la Palme à Entre les Murs, étaient plus que discutables…

 

Kang-Sheng Lee et Laetitia Casta

Cette année, il n’en va pas de même. Car si l’on peut certes  s’indigner  de cette absence majeure, ainsi que de l’omission étrange au palmarès du superbe et onirique dixième film de Tsai Ming-Liang , Visage, avec une Laetitia Casta éblouissante  et un jeune cerf déambulant  dans le jardin des Tuileries,  entre fontaine, miroirs et arbres peints, six grands bonheurs primés sont venus chasser l’amertume qui pouvait poindre. A commencer, justement, par cette Palme d’Or, très justement attribuée à Michael Haneke pour Le Ruban Blanc (Die Weisse Band). Quoique, encore une fois, Suleiman…

 

Michael Haneke

Outre cette Palme, méritée, cinq autres Prix gagnent nos sufrages et notre adhésion, celui du Jury en tête. Accorder  son « coup de cœur » au film « coup de poing », ouvreur de la compétition,  Fish Tank d’Andrea Arnold  (ex-aequo avec Thirst, ceci est mon sang,  de Park Chan-Wook), quand tant d’autres « pointures » attendaient leur heure, en faction derrière lui, relève de la gageure. Ce poignant « pied à l’étrier » leur est resté en mémoire ; dans la nôtre aussi. Nous y avions d’emblée vu un très crédible Prix d’Interprétation Féminine pour l’incroyable prestation  de la jeune Katie Jarvis. Mauvaise pioche ! C’est Charlotte Gainsbourg qui l’a empoché, pour la sienne, dans le très controversé  AntiChrist  de Lars Von Trier. .

 

Katie Jarvis

Son pendant Masculin, en revanche,  nous réjouit totalement :  l’acteur autrichien  Christoph Waltz,  jusqu’alors majoritairement cantonné aux seconds rôles  des  séries télévisées  germaniques,  fait littéralement  « exploser », à lui tout seul,  le dernier opus du pourtant génial Quentin TarantinoInglorious Basterds. Osons le dire : sans Waltz, le film n’existe pas. Ce Prix d’Interprétation, qui lui revient  de plein droit, nous l’avions tout d’abord attribué à Tahar Rahim, le sidérant interprète  et véritable révélation  du Festival  dans Un Prophète de Jacques Audiard, projeté en première semaine. L’arrivée plus tardive  d’Inglorious Basterds  dans le calendrier de la compétition  a bouleversé cette  certitude antérieure :  Waltz  n’enlève rien au talent inouï de Rahim ; même d’une courte tête, il l’a cependant devancé.

Tahar Rahim

La raison en est simple, à nos yeux : c’est Christoph Waltz qui fait  exister  le film de Tarantino,  tandis que Un Prophète existe par lui-même et le mérite en revient entièrement à son auteur, Audiard. Lequel repart,  du reste, légitimement couronné de  la distinction  unique, spécifiquement  attribuée  pour cette  62e édition cannoise : le Grand Prix . Son film a marqué les esprits pour longtemps ;  pour le même motif  d’ordre calendaire,  outre le Prix d’Interprétation Masculine pour Tahar, nous lui avions  aussi décerné la Palme d’Or… Jusqu’à ce que, en toute fin de parcours,  soudain, Suleiman…

 

Rowan Mcnamara dans Samson et Dalilah

Enfin, deux merveilles  viennent parachever  notre  contentement :  la Caméra d’Or  et le Prix Un Certain Regard . Le premier film de l’australien Warwick  ThorntonSamson and Delilah, est un pur régal de lumière, de chaleur et de tendresse, dans un cadre d’apparence hostile. Film quasi muet, tout s’y passe, en pleine poussière, entre regards et mouvements,  entre « graine de violence » et « raisins de la colère », entre « guerre et paix ». Une fois n’est pas coutume : ce n’est pas La Semaine de la Critique -  défricheuse pourtant avérée de premières œuvres remarquables -  qui a déniché, cette année, ce bijou fort justement  primé. Mais elle en a tant à son actif qu’elle peut bien, parfois, « passer la main » !

Chats Persants

Quant aux   Chats Persans, de l’iranien Bahman Ghobadi, l’histoire – très – drôle de ce groupe musical underground en formation, bravant l’autorité répressive en place à téhéran  pour pouvoir  un jour réaliser son rêve de jouer à ciel ouvert,  sans se cacher,  « lève le voile » avec humour et passion sur un pan de la vie quotidienne d’une jeunesse iranienne en devenir,  dont la plupart d’entre nous ignore tout.

 

Toujours là, Elia Suleiman

A deux regrets  près, vous l’aurez compris, Intercineth  est plutôt satisfait du palmarès cannois 2009. Mais tout de même, ce serait bien, l’année prochaine…ou bientôt…s’il revient…enfin…Suleiman !

 

Véronique Blin