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Fish Tank

D’Andrea Arnold

Avec Katie Jarvis (Mia), Michael Fassbender (Connor),Kierston Wareing (Joanne), Rebecca Griffiths (Tyler), Harry Treadaway (Billy), Sydney Mary Nash (Keira)

 

Adolescence chahutée

 

Katie Jarvis

Ce pourrait être un film de Ken Loach… Tant le milieu social modeste des protagonistes ici concernés est passé au peigne fin, au scalpel et au microscope tout à la fois. Tant,  dénicheur de talents comme il est, il aurait pu tendre la main vers cette jeune Andrea Arnold (dont c’est le deuxième long, après Red Road  en 2006), pour lui indiquer cette incroyable révélation qu’est la jeune Katie Jarvis, dans le rôle de Mia, tête d’affiche de  ce brûlot familial brûlant, qui vous consume deux heures durant jusqu’à la pointe des orteils.

 Soit Mia, quinze ans, rebelle, violente, dévorée par deux obsessions : libérer la jument d’un camp gitan voisin, entravée  d’une chaîne  (pour mieux scier la sienne ?) ; devenir la reine du hip-hop, en désertant l’école. Mia danse mal, mais n’en a cure. La jument est bien vieille et les coups de masse que Mia assène sur sa chaîne  à chacune de ses visites  sont vains :  elle sera finalement abattue par son propriétaire (autre forme de libération ?).

A ces deux pôles d’activité  intense et fébrile, ponctuée d’incessants conflits avec sa mère, l’amant de ladite,  sa sœur, ses copines, ses voisins, la terre entière, s’ajoute bientôt un élément nouveau pour elle : l’éveil du sentiment amoureux. En dépit de la violence extrême qui l’anime,   tant physique que verbale, c’est cet intrus qui, une fois toute haine bue, emportera la mise…

 De cette course hors d’haleine vers l’appropriation de soi, trois points forts, au moins, sont à retenir et resteront  pour longtemps gravés dans les mémoires : tout d’abord l’acharnement  réitéré  de Mia à vouloir libérer cet équidé qu’elle ne connaît pas, quel qu’en soit le prix (ici la riposte brutale des gitans détenteurs dudit,  jusqu’à lâcher leur chien sur elle).

Ensuite ce désir chevillé  au corps de briller sur scène en dansant,  à défaut  de se distinguer sur les bancs de sa classe… La scène de l’audition à laquelle elle participe  vaut,  à elle seule,  largement le détour : passant juste après une grosse blonde qui se déhanche en body sexy sur une musique sirupeuse, elle monte sur le plateau en baskets et jogging, confie son CD  au DJ de service  et se plante, les bras croisés, immobile, devant  les jurés. Lorsque la « chef » lui demande si elle n’a pas une tenue un peu plus attirante,  elle rabat sa capuche et s’en va…

Enfin et non des moindres, la plus belle scène de réconciliation qu’il m’ait été donné de voir au cinéma : descendant l’escalier de sa maison, sac de voyage à la main pour partir – en principe ! – dans un centre  « spécialisé »  d’éducation, elle aperçoit sa mère, un peu triste et très ivre, danser mollement dans le salon. Mia s’approche, change le disque, met le sien et l’entraîne dans « sa » ronde. Sa petite sœur se joint à elles et les voici toutes trois enlacées…

 La scène est muette ;  seule la musique troue le silence. Après les hurlements,  vociférations  et insultes diverses  qui n’ont cessé  un seul instant d’envahir la pellicule… plus un mot d’échangé ; mais tout est dit.

 

Véronique Blin