Sophie Talabot, figure de proue et maître d’œuvre de la compagnie bourguignonne, de la conception à la mise en jeu, en passant par la fabrication des marionnettes, entraîne cette fois son « tout public », de 4 ans à plus d’âge, sur le chemin de la reconquête de l’eau, si rare pour beaucoup, si précieuse pour tous. Des dessous sablonneux jaune pâle du castelet - construit et éclairé par Gérard Bonnaud - qui forme comme une crinoline autour d’elle, surgit la narratrice, inquiète : « C’est beau ! Mais c’est sec ! » se désole-t-elle. Tout alentour est desséché, vidé de sa substance : les arbres n’ont plus de feuilles, le sol est fissuré, craquelé de partout, jusqu’à l’asticot, pourtant réputé se contenter de peu, qui ne trouve plus la moindre nourriture…

Ô Eaux
photo Pierre Sabatier
La meneuse de jeu est apparue en livrée de sable, long manteau et turban assorti. Ainsi vêtue, elle se fond dans le paysage désertique, s’y imbrique, faisant corps avec lui. Telle une dune en mouvement, elle s’emploie alors à alerter les populations avoisinantes du péril qui les guette. La parole est d’abord donnée au poète, puis au scientifique, puis à « Mamma Bleue » (qui est noire), visible chef de troupe ; enfin, à une multitude d’enfants de toutes les couleurs.
Survient alors « l’Homme d’Affaires », ventripotent et ronchonneur : « Tout est à moi, ici, tout est à moi ! », vocifère-t-il, n’ayant cure de ces peuplades qui n’ont rien…
Tous auront fort à faire pour se liguer contre la cupidité et l’égoïsme ambiants, afin de trouver un antidote au malheur. Retroussant leurs manches, partageant leur peu de biens, ils finiront par conjurer le - mauvais – sort et faire revenir l’eau… En récoltant dans un filet, pour commencer, une, puis deux, puis trois, puis mille gouttes de rosée matinale… Bon début !
La narratrice donne le ton : peu à peu, elle troque son habit de sable pour une superbe robe de verdure. En commençant par le haut : soulevant son turban jaunâtre, elle fait jaillir une couronne de lauriers d’où s’échappent deux longues et joyeuses nattes ! Tandis que tout reverdit alentour, les arbres se couvrant de feuilles, le potager de légumes et les fleurs dessinant un tapis multicolore, Sophie Talabot sonne le renouveau. A la plus grande joie de Madame la taupe et de Messieurs les asticots et autres vers de terre !

Ô Eaux
photo Véronique Blin
Et les hommes, les femmes, dans tout ça ? Et les enfants ? Le vert, la couleur de l’espérance… A bon entendeur…
Véronique Blin