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Quand on apprend que Grégoire Callies, Directeur du TJP de Strasbourg, a dû dans sa jeunesse traduire en latin le « Programme National de la Résistance » pour plaire à son vieux professeur (lequel avait été en son temps haut responsable des maquis du Vercors), nul doute que l’on a affaire à quelqu’un de courageux, d’opiniâtre et de persévérant, qui ne recule devant aucun effort pour satisfaire son auditoire !
D’année en année, avec sa complice Secrétaire Générale Murielle Chevalier , ainsi que toute l’équipe généreuse et soudée qui l’entoure, il se soucie d’être « raccord » avec son temps, c’est-à-dire le nôtre.
L’âge réel des « Giboulées » est christique : 33 ans… Mais nous ne soufflons cette année que les vingt premières bougies de ses différentes éditions, car, comme dans la vie, il y eut des années « avec » et d’autres « sans »…
Puisqu’il s’agit ici, par essence, de propositions marionnettiques, toutes formes confondues (comédiens, manipulateurs, ombres, matières, vidéos…), de leur élaboration, construction, réalisation jusqu’à leur présentation au public, quelle « caisse à outils » le TJP nous invite-t-il à ouvrir cette année ? Pour sûr, comme toujours, ceux de ces objets et de ces formes qui aident l’univers de la marionnette à « chercher son devenir humain ».

Claire Chevalier dans Alice sous la Théière
De dix-huit mois - Plein de (petits) rien, Cie Lili Désastres - à plus d’âge (tous les autres spectacles…) ; de Compagnies majeures et confirmées en jeunes émergentes à découvrir ; de l’ incontournable Jean-Pierre Lescot et son somptueux Pinocchio à la délicieuse Cie nouvelle venue, Des Elles au bout des doigts qui, sous la houlette de Claire Chevalier, revisite – très – librement Lewis Carrol avec Alice sous la théière, en passant par le réjouissant et clownesque Cabaret Capharnaüm, offert par la dernière promotion de L’Institut International de la marionnette à Charleville-Mézières, mille excellentes raisons de séjourner ici. Sans oublier, bien sûr, l’invitation du maître des lieux, Grégoire Callies, à prolonger son superbe voyage aux côtés de La petite Odyssée (1 et 2).

La petite Odyssée 1
Valent également le détour nos amis venus d’ailleurs : à commencer par le cher Théâtre du Sous-marin jaune, au Québec, dont le trio fondateur constitué de Jacques Laroche, Antoine Laprise et Guy Daniel Tremblay, accompagnés ici de Beatrix Ferauge et Sandrine Versele du Théâtre de l’Eveil, nous propose - après le passionnant Discours de la méthode, d’après Descartes, offert aux Giboulées en 2006 – d’aller rendre visite à Michel de Montaigne avec sa magistrale, musicale, vidéastique et très pédagogique manière d’interpréter Les Essais. Revient aussi cette année le néerlandais Neville Tranter, star en son pays et partout. Après le fascinant Vampyr, les lapins de son formidable Cuniculus. Saluons aussi le flamand/belge Théâtre de MAAN, qui nous susurre joliment à l’oreille, s’adressant à nos yeux, Regarde ce que je sais faire. Enfin, en clôture, outre Israël qui présentera Orlando d’après Virginia Woolf, dans l’adaptation et la mise en scène d’Amit Drori, l’Estonie fera samedi prochain, le 28, la « sortie » de cette jolie marche hebdomadaire, par l’ « entrée » : le Théâtre de marionnettes de Tallin nous montrera, avant Le vieil homme et la louve, les nombreuses et périlleuses qualités qu’exige ce métier magnifique avec L’ABC du marionnettiste. Vaste sujet et belle conclusion !

La petite Odyssée 2
Inaugurée en plein soleil, sous le regard attentif et muet des superbes marionnettes et décors de Jean-Baptiste Manessier, dont l’exposition vous ouvre son cœur, ses portes et vous tend les bras au CUS, Place de l’Etoile, ainsi qu’à la Petite Scène du TJP, la vingtième édition du désormais annuel et remarquable rendez-vous strasbourgeois de la marionnette vous réjouit le corps et l’âme. Nul doute qu’une fois de plus, elle laissera son empreinte gravée au plus profond de nous.
D’aucuns font, dit-on, « feu de tout bois ». La marionnette, elle, en bois ou non, fait « théâtre de tout » . Le temps était au beau en début de « Giboulées » ; comme son nom l’indique, celui du Festival pourrait changer, c’est la saison ! Quel que soit l’état du ciel, profitez de cette belle semaine pour voyager en poésie. Demandez le programme !