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Rencontre avec Grégoire CALLIES

 Directeur du Théâtre Jeune Public de Strasbourg

  

Grégoire Callies

 Confortablement  attablées  devant une savoureuse et traditionnelle « Flammeküche » (Alsace oblige !), les journalistes de « l’intérieur » (traduction locale de « parisiennes »…) partageaient samedi 21 mars, avec Grégoire Callies, accompagné  de Murielle Chevalier,  Secrétaire Générale, le chaleureux « déjeuner de presse » inaugural des 20e Giboulées de la Marionnette,  auquel le TJP les avait aimablement conviées. 

Entre deux délicieuses bouchées de « pâte feuilletée, oignons, œuf, crème et lardons » (me trompe-je ?), la conversation alla bon train. Intercineth ne fut pas en reste…

 Véronique BlinEtant déjà venue à deux reprises en fin de Festival, j’avais -  presque -  pris l’habitude de vous interroger sur le « bilan » de l’édition concernée. Aujourd’hui, c’est le contraire ! A l’orée de ces vingtièmes  rencontres des  « Giboulées de la Marionnette », pouvez-vous nous donner les intentions et  points forts qui ont présidé à leur programmation ? Quelle jolie pelote nous tricotez-vous cette semaine ?

Grégoire Callies – A l’issue des Etats Généraux de la Marionnette, qui se sont tenus ici en mars dernier et ont donné un véritable coup de projecteur sur Strasbourg par leur intensité - le Ministère et l’ONDA tirant vraiment vers le haut cet art à part entière - , j’ai eu besoin de prendre du recul. Plutôt que de partir à la découverte exclusive de nouveaux talents à programmer  pour cette vingtième édition - ce qui fait, bien sûr, partie intégrante de notre travail - , j’ai voulu « humer » l’air, m’arrêter  et faire le point sur une question importante :  Où en sommes-nous aujourd’hui en France ? Où en sont les marionnettistes autour de la cinquantaine ? J’ai tenu à rendre hommage à ceux qui ont fait de la marionnettique  un art de notre temps.

L’influence de Vitez est indissociable de cette progression. Il fut et demeure le premier homme de théâtre  à s’être intéressé de très près à la marionnette. Certes, il aurait bien aimé maintenir les artistes derrière le castelet… Recoing les en a fait sortir…, mais il a vraiment  « bousté » le genre en allant chercher , notamment à l’étranger,  de nouvelles formes d’expression.

 V.BVa pour les pionniers, les précurseurs du changement et les marionnettistes pérennes, mais à la lecture du programme, on voit aussi un foisonnement de jeunes compagnies, dont certaines présentent pour la première fois leur travail en public ! Qu’en est-il au juste de ce joli « mélange » ?

G.C – En fait, trois générations se croisent ici cette année, toujours dans l’objectif et avec cette volonté  de faire un « état des lieux » de la marionnette aujourd’hui. Après les « aînés »,  nous avons voulu rendre compte de la génération des trentenaires,  dont les compagnies, confirmées ou non, sont en perpétuelle recherche  d’innovation. Quant aux plus jeunes, ils n’ont pas ce problème, ils sont en plein « dedans » ! Au beau milieu de ce courant qui se dessine quant à l’utilisation de nouvelles méthodes de travail, tant pour les matières que pour le jeu.

Nous avons mis en place un collectif de metteurs en scène entre troupes confirmées de la région, mais rêvons d’associations plus larges.

La marionnette remonte à Platon, c’est dire qu’elle n’est pas née d’hier ! Ensuite, il y a eu séparation entre  l’Europe et l’Asie, mais il est fort probable qu'ils aient inventé le "théâtre d'ombres" ensemble ! Retrouvons  et approfondissons ces échanges planétaires !

 V.BA l’heure de la « mondialisation » et de la « crise » financière dont tous parlent aujourd’hui, quelle est la position du directeur de théâtre que vous êtes face à cette vague généralisée de licenciements  à outrance, de baisse manifeste des moyens et des subventions, donc des créations ou co-productions maison ?

G.C – Je pense que la marionnette  est arrivée à un stade où elle n’a plus besoin de « justifier » son existence. Il y a, en ce qui la concerne,  une montée en puissance manifeste,  en raison notamment de l’évolution des nouvelles technologies,  de l’informatique,  des  conceptions de matières et d’objets. Le vrai  problème est que, face à cette crise que nous vivons tous, les responsables  culturels, au plus haut niveau,  se trompent  de méthode : au lieu de privilégier l’artistique,  en réduisant s’il le faut l’administratif , aux encombrements souvent injustifiés, ils font le contraire !  Résultat : c’est la création qui trinque !

Certes, il est vrai que les compagnies de marionnettes vivent  « mieux » que les autres, du fait de leurs très nombreux déplacements en tournée ;  il  n’empêche : les effets de l’intermittence,  loin d’augmenter les moyens, les voit baisser !

Alors qu’il y a tant de choses à faire ! Et de raisons d’avancer!  Il n’est que de voir, entre autres,  Le ciel est vide  de Bernard Bloch, pour avoir du cœur à l’ouvrage !  Pour nous, à Strasbourg, c’est bientôt la réouverture de la Grande Scène… et donc, de notre « chantier » !

 

Oeuvrez, oeuvrez, cher TJP ! Et, comme à l’accoutumée,  Dix fois sur le métier, remettez votre ouvrage » ! Nous n’en doutons pas !

Le convivial repas prit fin ; les cafés arrivèrent ;  Grégoire Callies n’avait pas encore touché à son assiette… Pardon Grégoire ! Et merci pour tout !

 Propos recueillis par Véronique Blin

PS :Vérification faite auprès de Sonia, assistante de Grégoire Callies, je me suis effectivement trompée dans la composition de la "flammeküche" ! Rectifions la recette : pâte à pain, oignons, crème, lardons. Ni pâte feuilletée, ni oeuf... Dommage ! Mais c'est drôlement bon tout demême !