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L’iranienne Shirin Neshat, exilée en Amérique, dédie son premier long métrage à tous ceux qui ont perdu la vie « en luttant pour la Liberté et la Démocratie en Iran, de la Révolution Constitutionnelle de 1906 au Mouvement Vert de 2009 ».
Artiste plasticienne, photographe et vidéaste, elle compose dans Women without men des images envoûtantes. A travers l’histoire de quatre femmes, issues de milieux différents, elle parle de la société iranienne en 1953, année du coup d’Etat orchestré par la CIA provoquant la chute de Mossadegh et celle du premier gouvernement démocratiquement élu, selon elle, « directement responsable de la révolution islamique ».
Loin de se servir des femmes comme faire valoir, elle injecte une densité signifiante dans chaque archétype : la bourgeoise, la prostituée, l’étudiante et son amie enfermées traversent les émeutes, la répression et se retrouvent plus mortes que vivantes dans une maison pour quelques moments de calme et de complicité. Shirin Neshat adapte un livre du même titre de Shahrnush Parsipur, interdit en Iran, donc privant son film à coup sûr d’une diffusion dans son pays. Les thèmes qu’elle met en scène correspondent aux installations autour de photographies qu’elle réalisa depuis des années, y compris à la Biennale de Venise. Une de ses œuvres emblématiques montre des femmes recouvertes de calligraphies en farsi, une autre des femmes en tchador à la plage. Ce que l’on voit est une composition d’une telle force qu’on peut imaginer des oiseaux noirs réunis en bord de mer, incapables de quitter le sol. L’exposer de cette façon donne à la femme iranienne le cadre de réflexion et des possibilités que l’intégrisme voudrait lui prendre en la clouant sur le sol. Ainsi la métaphore dit davantage sur sa situation réelle que les grands discours. Son film s’inscrit dans cette lignée, suite logique de son travail artistique. Shirin Neshat a choisi des comédiennes provenant d’horizons divers : ainsi la jeune fille découverte dans Delta, Orsi Toth, incarne le rôle difficile de la prostituée qui n’arrive plus à voir distinctement les visages de ses clients.

N’oublions pas que Shirin Neshat situe son film dans un moment de l’histoire iranienne où le voile n’était pas obligatoire. Cependant, le film s’ouvre et se clôt dans une scène superbe, esthétiquement parfaite : Un visage de femme surgit en haut d’un mur blanc. Le corps reste caché. Ses yeux vifs regardent en bas, scrutent l’horizon, se voilent de chagrin et de larmes. Puis, son voile noir couvre le mur blanc, se déploie comme une aile majestueuse, va l’accompagner, car elle va se jeter en bas ou effectuer son premier vol hors de la maison où elle vit cloîtrée... elle va commencer à vivre cette vie que le frère aîné lui a interdit. Sortir, assister aux réunions politiques. Préparer avec d’autres une autre vie, transformer un présent qui n’était qu’enfermement sans espoir. Après cette chute spectaculaire, nous sommes dans la poésie pure : la vie reprend, morte ou vivante disait Pasolini, pour les femmes, c’est la même chose.