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Werner Herzog
Deux films en compétition et pas un seul prix : le premier est un remake de The Bad Lieutenant dont l’original avec Harvey Keitel sortait de l’imagination fertile de Abel Ferrara. Herzog ne l’a jamais vu. Il espère le rencontrer à Venise, en discuter avec lui, dit-il à la conférence de presse. Abel Ferrara de son côté fulmine plutôt, mais s’est fait acclamer avec un documentaire sur Naples : Napoli, Napoli, Napoli, plus exactement sur les femmes de toutes conditions, condamnées à la prison, qu’il interviewe et à qui il offre un concert pour leur donner du courage et les remercier.

Eva Mendes et Nicolas Cage
Le public a apprécié énormément cette nouvelle version de The Bad Lieutenant -Port of Call, New Orleans avec un Nicolas Cage génialement cabotin que Herzog fait marcher comme Klaus Kinski dans Aguirre ou la colère de Dieu en claudiquant et penchant sévèrement d’un côté. Ainsi, même dans un film totalement différent de ses films cultes (Aguirre, Fitzcarraldo, etc.) il se nourrit encore des idées géniales de son acteur Kinski, aimé et détesté à la fois. Il a en revanche acquis une impressionnante maîtrise de toute la machine cinéma et son travail de réalisateur a rarement été aussi abouti. Film de genre, The Bad Lieutenant sévit comme l’ouragan Katerina dans une New Orleans où les meurtres sont quotidiens, la vie sordide, si bien que même sa petite amie, jouée par Eva Mendes, doit travailler parce que ce petit flic n’a rien, ne gagne rien, mais il flambe, extorque, triche et roule les gangsters les plus redoutables dans la farine, si bien que nous sommes contaminés par ce joyeux luron qui se drogue lui aussi parce qu’il a mal et qu’il n’arrive plus à s’arrêter... Par ailleurs, il a des idées époustouflantes pour coincer les intouchables salopards et caïds de la drogue locale.
Et puis ‘film surprise’ oblige, c’est une spécialité de la Mostra, un deuxième film de Werner Herzog tourné en un temps record avec un sujet bien plus intéressant que celui du Bad Lieutenant et en compétition, svp : My son, my son, what have Ye done ? Avec ce titre presque biblique, avec un acteur, Michael Shannon, qui a un petit rôle dans The Bad Lieutenant, mais qui est ici meneur de jeu et très touchant parce que complètement à l’ouest, nous arrivons dans un récit autour d’Oedipe. L’air de rien, ce Brad, gentil garçon, est barjo, il a assassiné sa mère et nous vivons en flash back quelques scènes d’anthologie, où l’agacement profond qu’elle provoque donnerait presque des excuses à son meurtrier.

Grace Zabriskie, Michael Shannon, Chloë Sévigné
Le film se découvre par strates successives et son amie (girlfriend), Chloë Sévigné, raconte au flic, Willem Dafoe, de quelle façon cet homme est devenu « fou ». Il refuse de sortir de sa maison, prétend avoir pris des otages, alors qu’il s’agit de ses deux flamands roses à qui il a donné des noms bien humains… Ces bêtes élégantes sont la seule matière vivante sur laquelle il s’épanche avec tendresse. C’est un illuminé qui confond son rôle de tragédie grecque à la scène (où son personnage doit tuer sa mère) avec sa vie réelle. D’autres flash back révèlent qu’il devient fou aussi parce qu’il se soucie trop des autres, qu’il réalise qu’on ne peut empêcher les hommes de vivre leurs envies et de commettre des folies. Et dans cet exemple, il y a à nouveau les rapides, la tentation de les descendre, de les maîtriser alors que les conditions météo sont très mauvaises et la décision de passer outre, suicidaire.
Heike Hurst