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36 vues du Pic Saint Loup

de Jacques Rivette

 

Plaisir, une ronde de plaisirs : sur la route une femme (Jane Birkin) est en panne. Une voiture de sport passe et file sans s’arrêter. Mais un moment plus tard, la voiture revient et le conducteur chic et choc, (Sergio Castellitto), démarre la voiture en branchant deux fils sans  proférer une seule parole. Un vrai gag muet comme démarreur, comme aiguille à travers laquelle va passer  le fil d’une histoire qui pourrait bien être en panne, qui fait du sur place et qui aurait besoin, pour redémarrer, d’une intervention extérieure.

Ce jeu lancé avec bravoure, est un jeu de pistes : nous y sommes. Les pistes de Rivette, c’est toujours un parcours à travers et en plein dans les errements des humains, le théâtre de la comédie humaine.  Rivette aurait promis (après L’amour par terre et La belle Noiseuse un rôle à Birkin, il voulait sûrement revoir aussi Jacques Bonnaffé sur ses images et il a assurément adoré retrouver la silhouette massive et le rire tonitruant de Sergio Castellito (Va savoir) dans ses plans, derrière ou devant le rideau et sur les bancs de ce petit cirque qui tourne envers et contre tout dans une des ravissantes campagnes françaises. Film de retrouvailles, film de charmes renouvelés, film de transmission des gags célèbres de clowns célestes. Artisans du rire : le gag de l’assiette est mis en pièces comme la porcelaine. Faut voir comment ils (André Marcon, Jacques Bonnaffé) se relayent à en varier le déroulement, à inventer des péripéties, à se soûler de leur capacité d’inventer des paroles toujours nouvelles pour décrire toujours le même : l ‘homme, l’artiste, celui qui va toujours recommencer et qui cesse d’exister s’il s’arrête de fonctionner.

Jane Birkin

Jacques Bonnaffé

Photos Pierre Demailly

Qu’il y ait comme toujours dans les films de Rivette un mystère, un crime, une disparition ou simplement des douleurs de l’âme qui bloquent tout, ça va de soi.

Ce Rivette me rappelle un film japonais de la grande période du cinémascope en noir et blanc où les cheminées d’une cité minière sont vues par toutes les personnes et les maisons sous un angle différent. Tantôt elles sont doubles, tantôt triples, et parfois une seulement.

De la même manière, Rivette agence ses personnages et leurs liens en un perpétuel mouvement, où l’émotion, l’humeur et le désir auront raison de tout. Tout est dans le regard et dans le point de vue. Le cinéma de Rivette, c’est la ronde des émotions, le carrousel des sentiments. Faisons les tourner ! Que cela ne s’arrête pas ! et que Martine Marignac soit sur les rangs et veille.

 

Heike Hurst