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Mona Zakki
Ce film évoque plusieurs choses : la femme aujourd’hui en Egypte, à la fois terriblement affranchie et terriblement opprimée que ce soit par les pères, les maris et avec la « charia » comme excuse, par le pouvoir central et leurs serviteurs, qu’ils soient juges, médecins ou rédacteurs dans la presse ou à la télévision. Déjà dans son film précédent L’aquarium, - qui n’a connu qu’une distribution confidentielle en France où il était passé directement à la télévision -, son personnage principal était chargé d’une émission à la télévision qui créait beaucoup de problèmes aux hommes qui l’écoutaient et la regardaient. Dans Schéhérazade, Hebba, Mona Zakki, est aussi speakerine à la télévision et la star d’une émission, un talk show qui fait de l’ombre aux ambitions politiques de son mari. Elle décide donc sur son insistance de faire une émission où elle fera parler des femmes de toutes conditions. Un sujet de société croit-elle sans danger et qui ne fera pas de vagues. C’est tout le contraire qui arrive : une femme meurtrière raconte son histoire et c’est elle qui nous bouleverse le plus. Une autre, émancipée, avertie, dentiste, se fait arnaquer par un imposteur qui déflore les vierges et prétend le contraire pour que les familles – riches – paient pour étouffer le scandale. Elles sont toutes belles, magnifiques, courageuses et leurs histoires dessinent une société égyptienne qui ne connaît que lâcheté, abandon et mensonge. Au lieu de raconter de jolies histoires aux autres, Hebba soulève le couvercle d’un nid à vipères, révèle des abus de toutes sortes, aveux dont elle ne sortira pas indemne. Car elle va découvrir petit à petit le côté abject de son mari qui ne supporte ni le succès de son émission, ni qu’elle lui dise quelques vérités. Le film est d’une sensualité contagieuse, les situations sont bien croquées et Yousri Nasrallah a été heureux de tourner, ça se sent et se transmet. Le script est sorti d’une plume célèbre, celle du scénariste Waheed Hamed, qui mérite bien des éloges : un texte enjoué ou grave, toujours juste, alors que c’est un homme d’un certain âge, en tous cas, il n’a pas froid aux yeux. C’était un des plus beaux films de la Mostra mais il n’était pas en compétition, on ne sait pourquoi… Primé par le Prix Lina Mangiacapre, dont le Jury composé de femmes et d’hommes à égalité, tenait à souligner : « que grâce à ce film, nous comprenons qu’il n’y a plus de différence entre la civilisation orientale et occidentale, que le voile n’est pas le problème qui nous sépare, car qu’il y ait port du voile ou non, la femme dans son essence reste invisible. Quand le carcan du paraître éclate, tout explose car le domaine privé est politique ».
Yousri Nasrallah avait déjà fait un documentaire joyeux sur les garçons, les filles et le voile… A regarder Schéhérazade, nous nous rendons compte que les choses n’ont pas évolué pour le mieux dans le meilleur des mondes possible. Sa vision iconoclaste des splendeurs d’Orient met les pendules à l’heure, dépêchons-nous de ne pas rater le train en marche.