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40 ans de « Forum » : Internationales Forum des Jungen Films
Comme le rappelle Christoph Terhechte, directeur artistique du Forum, la dénomination longue a laissé la place au mot clé, le Forum tout court. Association immédiate : découvertes, (c’est le lieu où Erika et Ulrich Gregor ont montré la première fois Kaurismaki, Sokurov, Nanni More tti, Oshima L’empire des sens, Vincent Dieutre Rome désolée et bien d’autres cinéastes aujourd’hui célèbres. Jeunes cinématographies de la terre entière, le Forum est ouvert sur le monde et sur de nouvelles formes d’expression d’avant-garde artistique et cinématographique.
Programme alléchant en 2010 : des noms de cinéastes investis de notre gratitude et d’un crédit d’amour comme Angela Schanelec, avec Orly ; Thomas Arslan, Im Schatten ; Sharunas Bartas, Indigène d’Eurasie ; Boris Lehmann, Boris Lehmann et ses amis ; Sabu Kanikösen, Nicolas Philibert, Nénette… Sans oublier, en guise de « cerise sur le gâteau », La bocca del Lupo (La gueule du loup) de Pietro Marcello, grand Prix du Festival de Turin, histoire d’amour pas comme les autres et film sur la disparition de la classe ouvrière en Italie…
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Schnupfen im Kopf
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Eine flexible Frau
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Bref, des sujets passionnants : un film sur un garde du corps de Ben Laden The Oath de Laura Poitras, film cependant ambigu, la position des personnes interviewées reste floue, leurs convictions ne sont peu ou pas du tout ébranlées, même par une détention à Guantanamo. Une femme à la recherche de son clivage profond, son mal étant issu directement de la schizophrénie occasionnée par la division de la ville de Berlin, Schnupfen im Kopf (Tête Froide) de Gamma Bak, tentative enjouée de réfléchir sur les mutations profondes que les femmes avaient à subir alors que les mouvements de libération dans tous les domaines promettaient des lendemains différents. Eine flexible Frau (la femme malléable) de Tatjana Touranskyj, qui commence comme un hommage à Ulrike Ottinger et son film Bildnis einer Trinkerin (Portrait d’une ivrogne) (1) et passe par des rappels du film admirable de Helke Sander Redupers - Die allseitig reduzierte Persönlichkeit, (Personnalité réduite de toutes parts), programmé dans l’hommage des 40 ans du Forum, mais qui ne trouve pas sa forme propre.

Orly
Cette liste de noms plus que prometteuse, que contenait-elle en fait : la confirmation avec Orly que Angela Schanelec sait se glisser avec curiosité et une réelle intelligence des lieux dans un dispositif préexistant : ici l’aéroport d’Orly, avec les gens qui attendent, prennent un café, lisent un journal ou vont embarquer etc. Les personnages qu’elle introduit dans le monde de l’aéroport sont des acteurs connus comme Natacha Régnier, Mireille Perrier (quel plaisir de la retrouver !), Bruno Todeschini toujours impeccable quoique mal rasé.Et puis Maren Eggert, l’actrice principale de son film précédent Marseille et un jeune couple qu’elle observe attentivement dans ses mouvements de léthargie, de recherche de liberté, où alternent gestes affectueux et des regards tournés vers d’autres. Mais la situation de travail de ceux qui sont dans cet aéroport comme dans un bureau auquel ils sont obligés de se rendre tous les jours, l’intéresse aussi : encore un couple nous est présenté, un homme et une femme derrière le comptoir, une association due aux contraintes d’horaires et au hasard ; le personnel au sol qui accueille les voyageurs, envoie les bagages et contrôle les titres de transport. Sa caméra suit quatre couples dont une mère et son fils (Mireille Perrier et Emile Berling) qui semblent se parler pour la première fois depuis longtemps. Ils sont mêlés à cette foule qui participe au film sans le savoir, sans accorder une attention particulière à la discussion qui se noue entre un homme qui veut revenir et une femme qui ne veut pas réellement quitter la ville de Paris. Ebauche de rencontres amoureuses et tristesse d’adieux de toutes sortes : de la lettre de rupture à la lecture d’un passage de littérature, toutes les manifestations de l’intelligence humaine trouvent leur place dans ce film dont émane une grande douceur. Pourquoi ce film n’était-il pas en compétition ?

Im Schatten
Photo Reinhold Vorschneider
Im Schatten (A l’ombre) de Thomas Arslan déçoit, car il propose un film complètement froid sur un gangster dépourvu d’émotions et d’états d’âme. Un thriller bien fait qui ne dégage rien, à part un sentiment de désincarnation réussie, quel intérêt ? Dans les prix parallèles, des copines bienveillantes ont trouvé de quoi récompenser le travail décors et costumes de Reinhild Blaschke et d’Annette Guther. Un cours de rattrapage auprès de Polanski s’impose !

Indigène d'Eurasie
Même déception pour le Sharunas Bartas, Indigène d’Eurasie, car la promesse du titre, génial, n’est jamais honorée. Le cinéaste joue lui-même le personnage fédérateur, admettant donc implicitement que ses images soient avant tout un survol égocentrique (égomaniaque ?) où apparaissent partout les mêmes chambres ordinaires, les trottoirs de bistrots glauques ou le sordide généralisé des pays de l’Est. Il bat le rappel de la mafia russe comme mal absolu qu’il utilise comme point d’ancrage à d’autres histoires. Son « cahier des charges » : une traversée agitée du bloc ex-soviétique où tout se ressemble, et c’est là sûrement une des choses qui resteront de ce film : le corps maladivement émincé du cinéaste qui ne s’épargne rien et une chasse à l’homme qui nous montre partout la même désolation : la mort définitive de toute humanité et l’erreur de croire qu’elle aurait pu subsister dans ces conditions. Ses « femmes » sont tellement des clichés (la blonde et la brune), les pipes quasi obligatoires et les passes sordides, avec une mentalité de pot de colle et des comportements de souteneur qu’il semble encourager, si bien que le film laisse un souvenir très pénible, voire de « déjà vu » insupportable.

Kanikösen
Un brûlot japonais, Kanikösen de Sabu, avait aussi des visées formelles, mais davantage de talent pour les faire passer. Malgré des clins d’œil vers Metropolis, ou Les temps modernes et ses machines, ce film posait clairement la question de la lutte de classes et celle du héros et du meneur. Lieu de l’action, un bateau de pêche industrielle. Soulèvement et répression se répètent. Ils apprennent que le leader qui s’expose seul, sera repéré et éliminé, alors que tous ensemble et solidaires, ils auront bien plus de chances d’obtenir gain de cause et de renverser leurs chefs et contre-maîtres qui règnent avec le fouet. Bref, il y aura moins de victimes et le « peuple » sera victorieux. Ce conte de fée social-démocrate et marxiste a un charme fou, parce qu’il y a tous les visages connus du cinéma japonais, coréen et asiatique confondus dans une belle symphonie oecuménique. Sabu raconte cette histoire militante avec un sens de l’absurde accompli. Explique les raisons de tous ces hommes de vendre leur force de travail ; fait diversion et crée du burlesque, quand deux fuyards sont recueillis par un navire russe. On reste dans le brouillard épais réel qui entoure leur navire. On assiste à l’éclosion de la clarté dans leurs revendications, car toutes les possibilités de vies, toutes les langues sont là. Il est vrai qu’entre lutte et exploitation, entre crabes géants et conserves fabriquées à la chaîne comme effort de guerre, on n’a pas le temps de souffler. Formellement, c’était un des plus beaux films du Forum.

Nenette
Il fallait donc aller voir Nénette de Nicolas Philibert pour rigoler un peu. A l’observation précise d’un orang-outan femelle aux cheveux rouges et au regard infiniment triste se superposent des commentaires faits devant sa cage. Des voix de jeunes et de moins jeunes réfléchissent ardemment cette incarnation possible et pas toujours ressentie comme positive de nos prédécesseurs-ancêtres, les hommes-singes. A part les enfants qui s’intéressent vraiment à sa tête, à son regard fuyant, à sa poitrine flasque ou à sa façon de se gratter, le public a des réactions des plus diverses. Durant la projection, c’est uniquement cela qu’on voit et qu’on entend. Dans l’économie de moyens réside toute la force du film.
Heike Hurst