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Son of Babylon, de Mahamed Al-Daradji
Avec Al-Daradji, Yassir Taleeb …
À la recherche des corps perdus
En Iraq, quand une personne veut signifier qu’elle va aux toilettes, elle dit qu’elle s’en va «téléphoner à Saddam». C’est ce qu’apprend Ahmed, jeune Kurde dégourdi de douze ans, qui parcourt les routes iraquiennes avec sa grand-mère, à la recherche de son père arrêté par la garde républicaine de Saddam Hussein au moment de sa naissance. Le régime Hussein est tombé trois semaines plus tôt et le pays est en proie à un chaos mal géré par les troupes américaines. Ahmed, dont c’est le premier voyage, rêve de rencontrer un père qu’il n’a jamais connu ainsi que de découvrir la légendaire Babylone. Mais les chemins du désert, s’ils scellent les alliances, n’en sont pas moins remplis d’embûches dans un pays dévasté par des centaines de milliers de bombes. Ahmed et sa grand-mère font la rencontre d’autres personnes qui, comme eux, sont à la recherche d’un être perdu, d’un nouveau départ, d’une nouvelle vie, dénuée de l’Oppresseur mais certes pas d’oppression.

Yasser Tali , Shazada Hussein
Road-movie sur fond de massacres et d’allégeances, Son of Babylon, montré dans la section «Panorama», ne manque pas d’étonner malgré la pauvreté de ses moyens: étonnement devant la beauté des images tournées entièrement en décors naturels, étonnement devant la capacité du jeune réalisateur Mohamed Al-Daradji (Ahlaam), 31 ans, à raconter une histoire à partir de rien en filmant des amateurs dans un pays encore en proie aux tumultes, étonnement surtout devant la richesse du jeu et la présence du jeune Yassir Taleeb (Ahmed), qui n’était jamais allé au cinéma avant la première du film à Berlin et qui crève littéralement l’écran.
Les organisations internationales ont à ce jour décompté des centaines de fosses communes en Iraq et dénombré plus d’un million de cadavres. S’il n’était un très beau film, généreux et troublant, Son of Babylon mériterait d’être vu pour mieux comprendre l’invraisemblable quotidien du peuple iraquien. Parce que c’est une chose d’entendre parler des charniers à la télé et une tout autre d’être assis dedans…