InterCineTh
Accueil
Films
Pièces
Interviews
Portraîts
Festivals
Galerie

UN CHACAL, DES CHAMOTS

Nième Compagnie

Mise en scène Claire Truche

Avec Sylviane Simonet, Jean-Philippe Salério et Rémi Rauzier

Du « bon » usage  de la langue…

« Au début ; à l’origine de l’origine ; il était probablement une fois… RIEN ».

Nous promenant à travers les siècles, de la source (supposée…) de la langue française à son usage d’aujourd’hui, Claire Truche et ses trois comparses nous entraînent dans une folle et joyeuse sarabande verbale, où les « bons mots » le disputent aux mots tout court, dont l’acception varie au gré du temps qui passe…

Essentiellement construit à partir de textes écrits au fil des siècles, ce spectacle retrace en deux parties le chemin parcouru par le langage, « du redressement de l’homo-sapiens à l’avènement de l’homo-oeconomicus ».

Autrement dit, tout un programme… Avec, pour seuls supports « physiques » de ce fabuleux voyage au pays des mots, un dictionnaire et une échelle (des valeurs, des mesures, du temps…). Entrez dans la danse !

« C’est compliqué ; ça prend du temps… parce qu’avant les gaulois, avant les romains, il y avait eu les grecs ! ».

Où l’on apprend successivement, en première partie, que l’araméen se disait « proto » ; que « couec » signifiait coexister ; ou que « quequet » voulait dire « viens chercher » (le petit garçon a une quéquette ; les grenouilles n’en ont pas… »). Que « chenille » marche avec « canicule »…, ou que « cuniculus » signifie « petit chien »… Quant à l’ « échelon », il viendrait d’ « échelette », qui n’est autre qu’un petit oiseau grimpeur…

Où l’on apprend aussi que les gaulois creusaient des chemins, tandis que les romains pavaient les leurs.

On apprend bien des choses aux côtés de Sylviane Simonet, Jean-Philippe Salério et Rémi Rauzier, tous trois excellents.

Survient alors un entr’acte bien singulier : en guise de rafraîchissements ou de friandises, Sylviane Simonet, un grand panier à bandoulières attaché autour du cou, distribue dans les rangs de très jolis sonnets : « Qui veut du latin ? Du style ? De l’orthographe ? Des ordonnances ? ».

J’optai d’emblée pour le « style » et héritai des conseils de Geoffroy Tory : « Quand les plaisanteurs, que je puis honnestement appeler déchiqueteurs de langage, disent après boire qu’ils ont le cerveau tout encornimatibulé et emburlicoqué d’un tas de mirilifiques et triquedondaines, d’un tas de gringuenaudes et guilleroches, qui les fatrouillent incessament, l’indignation me contraint de montrer la sotteté. Si notre langue était dûment réglée et polie, tels immondices en pourraient être déjetés. Par quoi je vous prie, donnons nous tous courage les uns aux autres et nous éveillons à la purifier ». Simple, non ?

En seconde partie, un peu d’Histoire. 1635 : la toute nouvelle « Académie Française » « nettoie » la langue et décerne les premières « Palmes Académiques ». Afin que la langue soit plus « naturelle », on s’entraîne à parler avec un crayon dans la bouche… « Mène les-y »… « Menez les-y »…

A l’aube du XVIIIe siècle, invention de l’échelle et intérêt précis pour l’instrument vocal, à l’aide de fibres, de cordes, ou d’un bavoir à trou pour y glisser la tête…

Puis viennent l’avènement de l’économie politique et les grands combats pour l’égalité. C’est la belle époque des Victor Hugo et autres Jules Ferry : « Citoyens, cessons de séparer les humains en deux classes ! Ecrasons l’ignorance pour ne pas être barbares ! ». Tristesse aussi de voir peu à peu disparaître les langages régionaux : « savoyard, provençal, saintongeais, poitevin… blessés ou morts au Champ d’Honneur ! ».

Et… le temps passe… les choses empirent… « Sera pendu celui qui porte un béret basque, quelle qu’en soit la couleur ! ».

Aujourd’hui, où le sacro-saint s.m.s est de rigueur pour traduire toute forme d’émotion, condamnant à terme toute communication véritable, par souci de rapidité et, croit-on, d’efficacité, ne serait-il pas temps, à notre tour, de prendre celui de remettre les pendules à l’heure de l’échange entre les hommes ?

Notre si belle langue s’appauvrit de jour en jour, devenant peu à peu l’ombre d’elle-même. Réveillons-nous ! C’est le conseil que nous donne ce trio magnifique, en concluant leur spectacle d’une superbe suggestion : à l’heure où l’on fait fête de tout, des haricots comme des belles-mères, des cheveux longs comme des crânes rasés, pourquoi ne pas inventer une réjouissante « Fête du Français » ?

Amis de la Nième Compagnie, comptez sur moi, j’en serai ! Vous m’en avez vraiment donné l’envie ! Merci !

Véronique Blin