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Mystère Pessoa
Mort d’un hétéronyme
Textes de Fernando Pessoa
Mise en scène Stanislas Grassian
Collectif « Hic et Nunc »
Avec Stanislas Grassian, Raphaël Almosni, Jacques Courtès, Nitya Fierens, Florent Dorin
Pessoa et ses « doubles »
Se regardant dans son miroir, Fernando découvre un visage qui n’est pas le sien… Les gestes sont pourtant identiques… Cet « autre » serait-il aussi lui-même ? D’autres portraits défileront ainsi devant sa glace, à l’infini, d’abord inconnus, voire intrus, puis devenant siens, c’est-à-dire lui…

Stanislas Grassian (Fernando Pessoa)
La solitude extrême dans laquelle vécut le célèbre auteur, poète et dramaturge portugais Fernando Pessoa peut expliquer ce foisonnement d’inventions de personnages variés, jusqu’à l’ivresse. Il faut savoir que, très peu édité de son vivant, Pessoa livra à titre posthume quelque vingt-sept mille manuscrits intacts, découverts dans une malle de sa chambre…
En prenant le parti de choisir certains de ces textes pour construire un florilège représentatif de cette boulimie d’écriture solitaire et illustrant au mieux cette panoplie de personnages disparates qui, une fois ainsi rassemblés, ne font qu’un, à savoir Pessoa lui-même, Stanislas Grassian s’est solidement attaché à nous décrire au plus intime ce personnage complexe, que d’aucuns n’ont pas hésité à considérer comme skizophrène… Joli plaidoyer en sa faveur ; superbe montage pour nous, spectateurs.
« Demain n’existe pas ; seul cet instant m’appartient ».
Multiples instants ; multiples façons d’être ; multiples regards sur le monde qui l’entoure. « Telle a toujours été ma vie ; je vais où le vent m’emporte ». Il nous emporte loin, le co-organisateur depuis 2007 du Festival Un automne à tisser, au Théâtre de l’Epée de Bois, à la Cartoucherie de Vincennes. Sa galerie de portraits, faisant se confronter l’auteur lui-même aux poètes issus de son imagination, nous transporte dans un univers onirique à faire pâlir d’envie les grands classiques du genre : « Les fleurs ont des idées sur le monde »…

Raphaël Almosni (Ricardo Reis) et Stanislas Grassian
« Qu’est-ce que sentir ? Créer. ». Tous masculins, les personnages conviés font soudain place à une figure féminine, qui vient fort à propos caresser l’air ambiant de ses jolies ailes de papillon : Ophélia (Nitya Fierens), en un ballet sensuel et séducteur, comble pour un instant la solitude immense, en entraînant son amoureux dans une danse irrésistible. Pessoa serait-il en train de lâcher prise ?
Hélas, il revient vite à ses chimères… « Laisser une trace et… partir. Nous avons tous deux vies »… Conviant tous ses personnages en une ultime veillée, il les prend à témoin que tout cela est un peu vain, avant de disparaître pour de bon, enfin conscient qu’à trop vouloir changer le monde, on s’en éloigne à jamais. « Malheur à ceux qui veulent ou croient inventer la machine à faire le bonheur ». Stanislas Grassian et son collectif Hic et Nunc nous en ont pourtant donné, ce jour-là, en Avignon.
Véronique Blin