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WER, WENN NICHT WIR

(Qui d’autre que nous)

d’Andres Veiel

August Diehl et Lena Lauzemis

Veiel a été  jusqu’alors un documentariste inspiré et reconnu pour avoir creusé le mal être d’une société qui n’a toujours pas fait son deuil du passé. Petit rappel : son documentaire phare sur un banquier en voie de plaider pour  l’annulation de la dette des pays du tiers-monde  et son corolaire, un ex-membre de la fraction armée rouge sont assassinés au même moment : Black Box BRD, 2001. Puis un « film au long cours », (1996-2003 ), suit les apprentis comédiens et leurs premiers succès : Die Spielwütigen (les fous du jeu).

Son premier film de fiction, en revanche, cherche à mettre en lumière les moments de choix dans nos existences, ces instants où tout peut encore basculer. Il consacre son premier long métrage à un moment mal connu de l’histoire de l’Allemagne récente. Incroyable fidélité aux détails de la vie quotidienne de cette époque, une séquence d’ouverture à couper le souffle - un père tue à la carabine le chat de son fils en arguant : « le chat est le juif parmi les animaux » - installe son questionnement : Qui était Bernward Vesper, (August Diehl, époustouflant), son compagnon, écrivain et auteur du livre « Die Reise » (Le Voyage) et pourquoi se suicide-t-il ? Qui était Gudrun Ensslin (Lena Lauzemis) avant de rencontrer Baader et avant de s’engager dans la RAF (2) ? Les deux étaient de milieux fort différents et fort semblables à la fois. Ensslin reproche à son père pasteur d’avoir su et de n’avoir rien fait, alors que le père de Vesper publiait sous le nazisme une littérature exaltant « la terre et le sang ». On aura rarement vu l’étendue et le poids de cette chape de plomb qu’il fallait soulever pour pouvoir respirer en RFA pendant ces années du miracle économique, de l’édification du mur de Berlin et de la guerre froide avec son anticommunisme virulent. Certes, il y avait Les années de plomb de Margarethe von Trotta, qui constitue aussi une analyse de ces années et contribue à dire des choses nouvelles sur Gudrun Ensslin. Mais son film s’attachait à l’après de son engagement aux côtés de la Fraction armée rouge. Andres Veiel parle de tout ce qui l’y a amené, enfin, il apporte presque tous les éléments qu’on peut réunir pour lever un peu le voile sur la motivation personnelle d’un personnage comme elle, tout comme il fournit une recherche minutieuse qui explique peut être le caractère de Vesper, fils d’un père nazi aimé malgré tout.

L’auteur a mené des recherches sur tout ce qui précède la création de la Fraction Armée Rouge et ce qui motive l’émergence des mouvements d’après 68. Nous regardons - en miroir - notre vécu et ses effets dramatiques sur plusieurs générations. Un film d’une maturité extraordinaire, qui peut impulser une discussion profonde sur les aléas et les souffrances que nos sociétés ont engendrées et léguées à leurs enfants. (Prix Alfred Bauer, dote de plusieurs milliers d’euros pour aider la jeune création).

Heike Hurst