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Les Femmes du 6e étage
De Philippe Le Guay
Avec Fabrice Luchini, Sandrine Kiberlain, Carmen Maura, Natalia Verbeke…
Paris, années 60, au 6e étage des immeubles huppés de la capitale… Qui (pour peu qu’ils en aient l’âge) ne se souvient de ces « rendez-vous du dimanche », dans les jardins du Trocadéro, pour toute une foule bigarrée d’employé(e)s de maison d’origine hispanique, appelés à la rescousse par une bourgeoisie française en mal de domestiques ?

Berta Ojea, Lola Duenas, Carmen maura, Nuria Sole, Natalia Verbeke
Il y avait eu les « bretonnes » ; bienvenue aux « bonnes espagnoles », qui trouvaient dans ce seul jour de repos dominical, l’occasion de se rencontrer en sortant de la messe et de refaire le monde en papotant gaiement.
Philippe Le Guay, déjà invité d’honneur de la section Panorama au Festival de Berlin 2001 pour Trois Huit y revient, en Compétition Officielle cette fois, avec ce délicieux et très authentique brûlot social : dans son chic appartement du XVIe arrondissement, l’agent de change Jean-Louis Joubert (excellent Fabrice Luchini) s’ennuie… Seule exigence absolue de sa quotidienneté morose : la cuisson parfaite de son oeuf à la coque matinal, 3’40’’… Il s’ennuie avec sa femme Suzanne (Sandrine Kiberlain, formidable), avec son métier, avec sa vie…

Sandrine Kiberlain et Fabrice Luchini
Ayant dû se séparer de leur vieille gouvernante bretonne Germaine (fabuleuse Michèle Gleizer), à leur service depuis toujours, pour incompatibilité d’humeur (la domestique ne supportant pas l’idée de « moderniser» la chambre de feu la mère de Monsieur), le couple jette son dévolu sur une nouvelle arrivante sous les combles, la jeune et jolie Maria (Natalia Verbeke, très convaincante), nièce de la « chef de bande» espagnole du 6e étage, la très « sanguine » Concepcion (toujours épatante Carmen Maura). Autour d’elle, un aréopage de femmes de même condition, toutes employées des beaux logis du dessous…

Carmen Maura et Natalia Verbeke
Reste une misérable chambre libre… que Monsieur Jean-Louis va peu à peu trouver beaucoup plus à son goût que l’immense et glacial « king size bed » de l’appartement conjugal, visiblement déserté depuis longtemps en matière de « partage »…
Epoustouflants jeux d’actrices autour d’un acteur génial, Les Femmes du 6e étage vous feront hurler de rire et de plaisir. Chaleureux, chatoyant, il n’est que de voir la Kiberlain en bourgeoise oisive et coincée, seulement préoccupée de ses rendez-vous de manucure ou de bridge mondain, à l’exact opposé de cette joyeuse volière de Burgos, qui bavarde sans cesse à l’étage supérieur, pour ressentir à quel point la vraie vie est là-haut. Plus près du Paradis…
Véronique Blin