InterCineTh
Accueil
Films
Pièces
Interviews
Portraîts
Festivals
Galerie

SCHLAFKRANKHEIT (La maladie du Sommeil)

d’Ulrich Köhler

Pierre Bokma et Jenny Schilly

Ce troisième film du réalisateur Ulrich Köhler après Bungalow et Montag, fait le procès d’une certaine aide aux pays en voie de développement, de l’OMS et des ONG, des gens qui y vont, de ceux qui y restent et qui succombent, comme des drogués, à la tentation et aux mystères de l’Afrique : ils ne pourront plus jamais repartir. Mais ce n’est pas un film militant ou didactique. Des situations comiques et graves à la fois reflètent la trajectoire du réalisateur et sa propre expérience. Ses parents habitaient le Cameroun, étaient coopérants, travaillaient dans l’hôpital où se passe une partie du film. Il racontait dans des interviews comment il s’est senti étranger dans une école allemande ordinaire après cette expérience  africaine. Le seul élève turc de sa classe s’était assis à côté de lui, parce- qu’il lui semblait qu’ils étaient pareils. Après la première rédaction où  il racontait l’Afrique et ses merveilles, son copain s’est volatilisé. Solitude d’un enfant qui est définie et identifiée de force par les choix de vie de ses parents : ces thèmes sont repris et fournissent les points forts du film. Mais ces questions d’identité ne sont plus un problème d’enfant en quête d’intégration, elles sont interrogées par les adultes ayant succombé à cette tentation, à la fascination exercée par l’Afrique. Le médecin et son éthique rencontre le businessman sans scrupule. Le néocolonialisme est pointé du doigt. La corruption et les arrangements avec les crédits de développement font partie intégrante de cette histoire d’abord si personnelle.

Dans ses films, il y a toujours une part de fantastique, d’imprévu, qui donne une sorte de « Ulrich Köhler touch » très particulière. Ici, c’est la maladie du sommeil qui fournit hallucinations  et occasions multiples pour se détacher d’un réalisme illustratif , qui aurait pu faire dévier le film de son enjeu à la fois politique et poétique.  Ceci pour le plus grand bonheur du spectateur. Ainsi l’hippopotame qui sort de la jungle et va tout droit dans l’eau, signe la fin d’une époque et l’heure des choix pour les individus. Belle métaphore pour nous autres qui ne savons pas toujours où nous mettons les pieds. Film cosmopolite et international : le Cameroun, la France, la Belgique et l’Allemagne contribuent au succès du film. Son casting est excellent aussi : Pierre Bokma (hollandais) est Ebbo, le médecin, amoureux d’Afrique, Jenny Schilly incarne sa femme qui rentre en Allemagne avec sa fille, Jean-Christophe Folly est Alex et Hippolyte Girardot Gaspard, le businessman aventurier…

Ulrich Köhler parle toutes ces langues et montre dans son film jusqu’à quel point les nations colonialistes semblent enfin intéressées à se poser des questions sur les relents du sentiment colonial qui survit à bien des niveaux. Ainsi invente-t-il un Noir français qui, en tant que médecin, découvre l’Afrique qu’il ne connaît pas. Il est perdu et doit sa survie à un vieux routier blanc de la médecine africaine, hollandais échoué là-bas pour plein de raisons, mais incapable de se détacher de la pensée dominée par l’ancien pouvoir colonial (1).

Heike Hurst

(1) Ulrich Köhler est le  compagnon de Maren Ade. Avec Everyone else (Alle Anderen), elle avait obtenu en 2009 le même prix que Ulrich Köhler cette année, à savoir l’Ours d’Argent de la mise en scène, elle est co-productrice de ce film. Il avait co-produit le sien.