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Une Séparation

De Asghar Farhadi (Iran)

Avec Leila Hatami, Peyman Moadi, Shahab Hosseini, Sareh Bayat

Leila Hatami et Peyman Moadi (Simin et Nader)

Un poignant et explicite plan fixe donne d’emblée le ton : face à la caméra immobile, faisant office de juge des affaires familiales au tribunal où ils se confrontent, un homme et une femme se renvoient la balle, inexorablement…

Simin voudrait quitter l’Iran avec leur fille Termeh ; son mari Nader s’y oppose, tenant à rester auprès de son père atteint de la maladie d’Alzheimer… Sa requête en divorce rejetée, Simin retourne vivre chez ses parents et la jeune Termeh reste avec son père, espérant le retour de sa mère… Une femme de ménage, employée à la hâte, viendra tous les jours s’occuper du grand-père malade et de la maison…

Ainsi exposé, le synopsis d’ Une Séparation s’apparente clairement à une « chronique sociale » somme toute bien familière… Pourtant, ce film est incroyable, passionnant, « extraordinaire » à bien des égards :

Dans la manière de filmer d’Asghar Farhadi, en tout premier lieu : infiniment proche de ses acteurs, il nous offre en partage et en gros plan le moindre clignement de leurs yeux, leurs hésitations, surprises, joies et chagrins, ce qui fait qu’alternativement, le spectateur se retrouve « dans la peau » de chaque personnage. Ainsi collés à eux, leurs émois sont les  nôtres.

Cet « effet » est d’autant plus surprenant que nous sommes en Iran et qu’au passage, Farhadi en profite pour nous distiller en filigrane, tout un panel d’us et coutumes locaux qui nous sont en principe totalement étrangers, mais que nous découvrons presque sans surprise, tant nous sommes impliqués dans cette histoire apparemment banale, nous l’appropriant.

Enfin et surtout, que dire de l’ interprétation de tous les hommes et femmes de ce film magnifique, si ce n’est qu’elle est magistrale, précisément dans sa mixité ? Toutes et tous sont excellents, dans tous les registres de leur partition respective : du grand-père à la petite-fille,  la palette des émotions successives qu’ils nous offrent n’en finit pas de nous subjuguer.

Sareh Bayat (Razieh)

Il n’est que de voir la gêne de cette jeune Razieh enceinte (fantastique Sareh Bayat), dont le mari est chômeur, assumer tant bien que mal la toilette du vieux monsieur malade, alors que sa religion, son éducation et sa pratique ancestrales lui interdisent de toucher un autre homme que le sien, pour se sentir soudain musulmane, inquiète et timide. Ou bien de regarder les atermoiements éperdus de Temeh, hésitant entre son père et sa mère, pour avoir quinze ans. Ou encore de ressentir l’effacement initial de l’épouse Simin se muer peu à peu en colère positive afin de prendre sa vie en mains, pour devenir militante féministe acharnée…

Quant aux hommes, ils sont tous épatants : Du  patriarche totalement « à l’ouest », mais visiblement heureux d’être avec les siens, aux deux maris qui en viennent aux mains, pour cause d’incompréhensions et malentendus successifs, autant de jeux d’acteurs éblouissants.

Sarina Farhadi (Temeh)

Trois femmes, trois hommes aux prises avec la vie iranienne dans toutes ses couleurs et ses contradictions ; six « corps-à-corps » étourdissants, placés sous l’oeil aigü d’Asghar Farhadi, qui n’en loupe pas une miette et ne nous épargne rien, sans l’once du moindre pathos. Un film inoubliable.

Véronique Blin