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Airang
de Kim Ki duk

Kim Ki-Duk
« Toutes les émotions que nous ressentons dans la vie, les nombreuses personnes que j’ai rencontrées en faisant des films, les liens d’amitié que j’ai noués avec enthousiasme et qui se sont trop facilement défaits, les peines que nous nous sommes cruellement infligées les uns aux autres et nous qui sommes entremêlés dans l’amour, la passion, la haine et l’envie de tuer… tout ça pour moi, c’est Airang », dit Kim Ki-duk, cet auteur prolifique qui nous a distribué ses fulgurances à grandes claques violentes.

Airang est son film aveu, film déchirure, film où il fait le point et puisque une certaine violence verbale ou d’action l’accompagne, dans Airang, film confession, il réunit ces deux modes préférés de se confier. Il hurle son « Airang » face à la caméra et ça dure longtemps. Il y a des gens qui n’ont pas supporté cette mise à nu loin de tous les égards pour nos oreilles, loin de la bienséance et de l’introspection discrète. Airang est une confession intime, le cri et le repentir de ses péchés réels et imaginaires. Film somme, où il refait tous les chemins de croix auxquels il s’est exposé lui-même dans son cinéma, puisqu’il est très souvent le personnage central de ses films. Pour preuve, il remet dans son film, en mauvaise vidéo sur-pixellisée d’ailleurs, l’ascension de la montagne pieds nus, en traînant une pierre de meule accrochée à ses hanches. (Printemps, été, automne, hiver et printemps, primé à Locarno). Airang est son film constat, réalisé après une longue dépression, car Kim Ki-duk s’est installé dans une sorte de tente-maison où il se gèle malgré un poële à bois construit par lui et qui semble bien marcher. Il coupe du bois, ramasse de la neige qu’il fait fondre pour avoir de l’eau, fait ses besoins par terre etc. Rien de cette vie « simple » et angoissée ne nous échappe. Ainsi sommes-nous avec Kim Ki-duk, l’ermite aux cheveux longs et à l’œil hagard, vêtu à Cannes d’un manteau étrange beaucoup trop chaud pour la saison…

« J’ai réalisé quinze films en treize ans, (…) je ne le regrette pas. Je ne pourrai jamais vivre sans le cinéma. Maintenant je veux faire avancer côte à côte ma vie et le cinéma ».
Heike Hurst
A Cannes Airang a été primé à Un certain Regard par Kusturica ex-æquo avec Halt auf freier Strecke (Arrêt en pleine voie) d’Andreas Dresen. On ne peut imaginer de films plus différents. Kim Ki-duk hurle sa détresse et son désarroi. Andreas Dresen fait un film tout en nuances, mais ils parlent tous deux de situations extrêmes où l’on combat à la vie à la mort.