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Halt auf freier Strecke (Arrêt en pleine voie)

De Andreas Dresen

(Prix d’Un certain Regard ex-æquo avec Airang de Kim Ki duk attribué par Emir Kusturica)

Andreas Dresen

Comment parler de la maladie et de la mort en restant digne, positif et même en faisant appel à une certaine dose d’humour ? A l’impossible nul n’est tenu et pourtant Andreas Dresen réussit tout cela haut la main. Nous accompagnons Frank (Milan Peschel), sa femme Simone (Steffi Kühnert) et leurs deux enfants Stefan et Lily (8 et 13 ans) pendant les derniers mois de leur vie commune. Frank n’a plus que quelques mois à vivre. Une tumeur du cerveau inopérable  va évoluer rapidement et transformer le malade. Sa lucidité, sa verve et son humour vont disparaître petit à petit, le médecin les a avertis. Et pourtant ils tiennent bon.

Tous ensemble ils vont accompagner cette lente détérioration de son état. Cela ne va pas sans crises et hurlements, sans cris et tremblements. Les larmes coulent. Les enfants sont tour à tour terrifiés et résignés. La fille aînée se réfugie dans ses entraînements pour des compétitions de natation. Et puis il y a des moments d’apaisement. Ils consultent, cherchent de l’aide. Que fait-on avec un mourant à la maison ? Stefan s’endort avec son père sur le canapé du salon. Ils écoutent une bande qui réunit bruits de la nature et voix douces légèrement envoûtantes. Des thérapeutes apportent de l’apaisement. Chaque minute de vie doit être pleinement vécue ! Et pourtant, aucune recette ne tient face à la mort imminente. Personne n’a appris à mourir. « Quand tu seras mort, je pourrai avoir ton I-Phone ? » demande Stefan à son père. Il le prend dans ses bras et fait une photo où l’on verra tous les deux, côte à côte, pour toujours. Et c’est une des grandes idées du film : introduire une autre petite caméra pour Franck. Petit à petit, cet appareil lui permet de tenir un journal intime. Il lui confie ce qu’il ressent et ce qu’il veut dire aux autres. Ces images sont le relevé de ses états d’âme et aussi le constat de sa dégradation. Le film fait de la place à tous, parents, amis et amours d’antan : formidable, en somme.

Heike Hurst