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Code Blue  

de Urszula Antoniak

Urszula Antoniak

Urszula Antoniak est une vraie cinéaste : rien n’est laissé au hasard, les lumières, les couleurs, les angles de prise de vue, les décors, la mise en scène et un agencement pictural des séquences en fonction d’une interprète hors pair : Bien de Moor est Marian, infirmière en soins palliatifs.

Le premier film d’Urszula Antoniak, Nothing personal, avait déjà un sujet grave, était un choc pas seulement parce qu’il racontait la difficulté de faire le deuil d’une personne aimée, mais aussi par la qualité de ses interprètes et son histoire jamais conventionnelle.

Code blue  peut aussi choquer, par les liens intenses que cette infirmière crée avec ses patients condamnés. « Code blue » veut dire qu’un patient doit être admis ou rester en réanimation, que son cas est grave. Marian dépasse par sa compassion et son implication personnelle les limites de ce que son métier exige d’elle. Ce travail, son lieu de travail et ce qu’elle éprouve en soulageant les peines de ces mourants, tranche avec sa vie à elle, désert affectif absolu qu’elle subit et  n’a pas choisi, doublé d’une solitude insupportable. Elle vit, retirée, dans un appartement quasi vide, aux grandes baies vitrées, où elle s’expose dans sa nudité absolue à ses désirs inassouvis. La réalisatrice la filme comme un insecte, une mygale de taille humaine aux longs membres fins, où la structure osseuse est apparente. Quand elle est assise parterre, éclairée à contre jour, son corps pourrait être celui avec lequel un Gregor Samsa doit s’accommoder après sa « Métamorphose ». Un scarabée géant, une bête à tentacules, une pieuvre sur le sable, privée de son élément.

Ainsi se forment deux parties bien distinctes dans l’ossature du film : le travail à l’hôpital (blancheur immaculée) où elle suggère parfois par les poses qu’elle prend dans les lits préparés pour les morts, qu’elle est elle-même une sainte aux mains jointes, ou une personne au corps déjà trépassé. S’est-elle engagée dans la voie d’une passion ou d’un chemin de croix, tous deux inavouables ?

La deuxième partie du film est très violente, âmes angéliques s’abstenir. Antoniak consacre ce second volet à la bête qui sommeille en nous, que Marian désire et redoute à la fois. Bête qu’elle va rencontrer dans la personne d’un voyeur et exhibitionniste qui habite le même immeuble qu’elle. Le sexe est décidément une pulsion incontrôlable. La violence des plans où il se déchaîne contre cette femme, consentante et victime à la fois, est par moments insoutenable, d’autant plus qu’il s’agit d’un contre-point brutal à la blancheur immaculée de la première partie. Mais la cinéaste Urszula Antoniak trouve les images pour parler de cette attraction-répulsion si rarement traitée frontalement au cinéma.

Heike Hurst