HEARAT SCHULAYIM
(Footnote, Note en bas de page)
de Joseph Cedar

Joseph Cedar
Scène phare de ce film kafkaïen, drôle et grave : dans une pièce minuscule et étroite, un comité de plusieurs personnes s’entretient avec un candidat éligible à un Prix, lequel, s’ il ose s’énerver, ne peut même pas se lever, car s’il le fait, tous les autres sont lamentablement coincés sur leur chaise dont ils n’arrivent plus à s’extirper à moins de se faire mal, ce qui ne tardera pas à arriver… Nous sommes donc dans une pièce dont on ne peut ni entrer, ni sortir. Jolie métaphore politique…
L’histoire est celle d’un philologue, Eliezer Shkolnik (Shlomo Bar Aba), qui étudie depuis plus de trente les textes du Talmud, en les comparant, dans la plus grande solitude et sans reconnaissance par ses pairs. Il a comme plus grand concurrent pour le prix d’Israël – plus haute distinction du pays attribuée dans les domaines culturel, artistique ou scientifique - qu’il convoite depuis des années, son propre fils, Uriel Shkolnik, (Lior Ashkenazi) ! Uriel cherche à rendre cette matière plus ludique et plus attractive, ce qui lui apporte incontestablement les encouragements de ses pairs, alors que son père, austère et incorruptible misanthrope, n’a pas d’amis dans sa discipline. Tout au contraire, il a été spolié et privé de reconnaissance pour ces précieux travaux. Il a même été trahi par un collègue, celui qui accorde les prix maintenant, tombé par hasard sur un manuscrit qui anéantissait le travail de fourmi d’Eliezer Shkolnik depuis des décennies.

Querelles de personne ? Conflits père et fils ? Film critique sur Israël ? Un peu de tout cela : porter les contradictions de la fidélité au texte ; loyauté envers le pays, dans le sein même d’une famille d’enseignants, gardiens des textes sacrés ; analyser ce que ce conflit né de cette situation à la fois tragique et burlesque crée ou révèle comme amours et haines refoulées au nom de la sacro sainte famille, pilier inébranlable de la construction du pays et pierre angulaire des carrières universitaires.

Ce film est drôle : quand le père analyse le texte-éloge du Prix, il découvre que son fils en est l’auteur ! Quand la Commission se réunit dans un bureau ridiculement petit, c’est dans une pièce qui ne permet ni d’entrer ni de sortir. (voir plus haut).
Ce qui est l’image même du conflit du film. Car une chape de plomb, symbolisée par l’hostilité immuable de ces vieux chercheurs et un silence inquiétant plane sur chaque ‘citoyen’ de Jérusalem inquiété pour un rien, obligé de justifier son identité à chaque instant. Cela donne les couleurs, résolument militaires, au film : un vert kaki très sombre. Seulement quand Eliezer travaille, s’isole donc, ses écouteurs coupe bruit sont d’un jaune éclatant. Un espoir ?
Heike Hurst