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Hanezu no tsuki (Hanezu)
de Naomi Kawase

Naomi Kawase
On ne peut imaginer film plus actuel sur le Japon que celui-ci. Remuer la terre, chercher à savoir ce que ce sol renferme comme richesses, ce qu’il recèle comme surprises, quels traits du passé révèlera-t-on en le fouillant. Avoir fait ce film comme un pressentiment de Fukushima ? Il est possible de le lire ainsi, mais Naomi Kawase ne fait pas de films sur les centrales nucléaires.

Elle est elle-même une sorte de compteur Geiger, un cœur en ébullition, radioactive de l’intérieur et depuis toujours. Il y a de la réactivité autour de son histoire intime, elle aimante les liens avec les gens qu’elle aime.
Sa grand mère qui l’avait adoptée et avec laquelle elle a une relation fouillée dans tous ses documentaires. Le regard qu'elle pose sur la vieille dame dans son jardin est porteur d'une émotion absolument contagieuse.
Dans d’autres films, c'est sa mère que Naomi Kawase veut retrouver en vain, au détour de ses dérobades et de ses départs répétés avec de perpétuels nouveaux amants.
Enfin, elle s’engage sur les traces de son père, allant jusqu’à l'inscrire dans sa chair, sous forme de tatouage yakouza. Naomi Kawase n'a nul besoin d'un Siegfried ou autre héros mythique. Elle a terrassé le dragon à elle toute seule.

« On dit qu’un brasier en feu peut s'emballer. Mais hélas, nous ne pouvons nous rencontrer ». Cette phrase fait référence à une légende niponne, dans laquelle « le Mont Kagu rivalisait avec le Mont Miminashi pour l’amour du Mont Unebi ». Kawase ramène ce trio divin à un triangle amoureux simplement humain. Mais chez Kawase, rien n’est si simple. Et le feu embrase ce drame éternel : une femme entre deux hommes ou bien est-ce deux hommes qui aiment la même femme ? La structure de son film est si délicatement complexe que l'on peine devant ces mots convenus.
Le récit de Naomi Kawase se déploie dans des latitudes infinies, nous renvoyant la majesté d’une nature intacte, la splendeur d’arbres ployant sous le souffle de vents contraires (on pense à la beauté des champs filmés par Sokurov) et cette terre des ancêtres creusée, inlassablement.
Heike Hurst