Le GAMIN au VELO
De Jean-Pierre et Luc Dardenne
Avec Cécile de France, Thomas Doret, Jérémie Renier, Olivier Gourmet

Jean-Pierre et Luc Dardenne
« C’est chaud ! » - « Quoi ? » - « Ta respiration »… La respiration de Samantha, coiffeuse (remarquable Cécile de France), contre la joue du jeune Cyril, 13 ans, collé à sa peau (étonnant Thomas Doret). L’enfant ne sait pas encore que cette « chaleur » lui est dédiée, encore moins pourquoi…
Une fois de plus, les « frères » se tournent vers et « tournent » l’enfance. Après Rosetta (Palme d’Or 1999), Le Fils et L’Enfant (Palme d’Or 2005), Jean-Pierre et Luc Dardenne nous entraînent dans leur incomparable manège, au cœur des tours et détours de leur prédilection. En l’occurrence ici, que se passe-t-il dans la tête d’un gosse dont le seul objectif vital est de retrouver un père volatilisé (formidable Jérémie Renier), après l’avoir laissé « provisoirement » dans un foyer. Ce « provisoire » est insupportable pour l’enfant, qui s’enfuit et part à sa recherche, en commençant par tenter de récupérer sa bicyclette… « Il ne peut pas être parti, il ne l’a pas vendu, il m’aurait laissé mon vélo ! ».

Cyril (Thomas Doret)
Fort de cette certitude et constatant pourtant que l’appartement paternel est vide… il finit par retrouver son cycle, devenu possession d’un autre… Plus tard, il retrouvera aussi son père… qui semble n’en avoir cure…
Ce film est un conte et comme tel, il a ses mauvais génies, mais aussi sa bonne fée… La belle Samantha l’incarne, dont on ne saura jamais les motivations profondes qui l’ont poussée, un jour, à pousser la porte de ce foyer pour proposer ses services d’accompagnatrice de week-end, en accueillant sous son toit cet oiseau furieux tombé du nid, qui lui en fera voir de toutes les couleurs.

Cécile de France (Samantha) et Thomas Doret
Afin de marquer la course effrénée de ce gamin vers – presque – nulle part, obsédé qu’il est par le but à atteindre, ne voyant rien autour de lui, pas même l’amour naissant de sa « marraine » pour lui, les frères Dardenne utilisent d’interminables travellings latéraux, filmant à perdre haleine les tours de pédales acharnés d’un Cyril survolté, déchaîné, agressif et violent.
Toujours près du cadre (de vélo !), au plus près des visages, leur caméra traque sans relâche la moindre expression, le plus ténu battement de cils. Et même si ce « pitbull » (mot de Samantha à son encontre) donne bien du fil à retordre, les duettistes, mine de rien, nous font peu à peu basculer dans son camp, sans l’ombre d’un apitoiement ni larmoiement si souvent escomptés ailleurs, par tant de réalisateurs avides de larme à l’œil facile. C’est bien là leur force et notre enchantement renouvelé.

Thomas Doret et Cécile de France
Il paraît que Les histoires d’amour finissent mal, en général… Celle-ci contredit bien joliment l’adage, car au vélo de Cyril s’adjoindra un jour celui de sa protectrice, pour d’apaisées balades à deux vers demain, après la tempête. Cela s’appelle bien un « tandem » ?
Véronique Blin